Greta Thunberg vs Donald Trump

A Davos, les médias ont une fois de plus mis en scène l’affrontement entre Greta Thunberg et Donald Trump, comme si l’avenir de la planète se jouait entre l’adolescente suédoise et l’enfant de la Maison Blanche.

La lutte contre le réchauffement climatique passe (entre autres) par une refondation de l’économie. Ce ne sont pas les patrons du CAC 40 ni leurs fondés de pouvoir qui vont s’en charger.

Si Greta Thunberg était si dérangeante, elle ne serait pas l’invitée vedette de tous les congrès internationaux. Il faut en finir avec le cirque Thunberg : aller discourir devant les puissants ne sert à rien.

Bilan des élections européennes

Le dernier épisode de la saison électorale a été particulièrement sanglant ; plusieurs partis ont laissé leur troupe et leurs illusions sur le champ de bataille.

Quelles perspectives s’offrent aujourd’hui aux trois grandes familles politiques ?

L’extrème droite. Elle a totalisé plus de 28% des voix. Le RN (Rassemblement National, ex FN) : 23,3% – « Debout » La France (Dupont Aignan) : 3,5% – l’Union « Populaire Républicaine » (le frexiteur Asselineau) : 1,2% – Les « Patriotes » (Philippot) : 0,7%.

Bien qu’arrivé en tête, le Rassemblement National est condamné à l’impuissance : il se heurtera toujours au « plafond de verre » des 30% lors du deuxième tour des élections tant qu’il n’aura pas noué une alliance avec une partie conséquente de la droite.

La droite. Elle a totalisé 34% des voix. LREM (En Marche) : 22,4% – LR (Les Républicains) : 8,5% – l’UDI (centristes) : 2,5%.

Contrairement à ce que prétendent la plupart des éditorialistes, Emmanuel Macron s’est clairement positionné à droite. C’est lui le véritable vainqueur des élections, car même s’il a perdu le match contre le RN (de peu), il a marginalisé LR et a pris le contrôle de sa famille politique. Il dispose aujourd’hui d’un socle électoral stable qu’il cherche à élargir en « verdissant » son discours.

La gauche. Bien que fracturée, elle a fait globalement près de 32% des voix. EELV (les écologistes) : 13,5% – la France Insoumise : 6,3% – le PS (Glucksmann) : 6,2% – Generation.s (le « s » est de moins en moins justifié) : 3,3% – le PC : 2,5%.

Le succès d’EELV face aux différentes chapelles de gauche offre des perspectives intéressantes, car les écologistes sont les mieux placés pour porter un projet politique cohérent alliant écologie, social et mutation économique. Encore faut-il qu’ils le veuillent (l’histoire récente de EELV n’incite pas forcément à l’optimisme).

Une montée en puissance des écologistes pourrait par ailleurs inciter Nicolas Hulot à revenir en politique (*) ; aujourd’hui, face à Macron, c’est le seul à pouvoir incarner un projet de société alternatif à la « start-up nation ». Autant le dire, le chemin du changement est étroit …

(*) L’intéressé semble ne pas exclure cette hypothèse : n’a-t-il pas cosigné avec la CFDT en mars 2019 un quasi programme politique intitulé « 66 propositions pour un pacte social et écologique » ?

Le Grand Debat, un jeu de com

Nous connaissons tous ces séminaires où on planche par petits groupes sur l’optimisation des relations dans l’entreprise avec en fin de journée, débriefing, synthèse et remerciements du PDG en visioconférence.

C’est en général le signe d’une prochaine restructuration. Quand nos managers nous font réfléchir sur le fonctionnement de l’entreprise, c’est qu’ils veulent changer notre façon de fonctionner. Le Grand Débat s’inscrit dans ce cadre.

Dans les faits, c’est un vaste fumisterie (qui a coûté 12 millions d’euros, tout de même).

Les deux dispositifs mis en place, les réunions locales et la consultation via internet, ont produit des propositions contradictoires. Cela n’a pas empêché Édouard Philippe de marier allègrement la carpe et le lapin lors de sa « grande » restitution du 8 avril, sans attendre d’ailleurs que l’intégralité des propositions soit dépouillée.

Le bidonnage est patent quand on se penche sur l’organisation et le déroulement de la consultation.

La multiplicité des réunions publiques ne doit pas faire illusion : la participation a été faible, particulièrement en zone urbaine.

Les réunions à l’initiative des élus ont respecté le cadre de la consultation, mais pas toujours celles organisées par des entreprises, associations, voire lobbies (on a ainsi eu droit à Toulouse à « un grand débat national équestre », un débat organisé par le Conseil National de l’Automobile, un débat « pour répondre à la lettre des évêques de France sur la crise » … tous référencés sur le site gouvernemental granddebat.fr).

Là où nous pouvons légitimement nous interroger, c’est sur l’exploitation des contributions : qui a réalisé les synthèses ? suivant quelle méthode ? qui les a vérifiées ? Sans parler de la synthèse des synthèses…

Concernant la consultation internet, les choses sont plus simples : les militants de LREM ont beaucoup contribué (voir à ce sujet l’analyse faite dans « Le Monde » du 8 avril), et les synthèses ont été réalisées par un robot sur la base de mots clés (!)

Évidemment, dans ces conditions, les préoccupations des français recoupent les priorités du gouvernement (moyennant une petite manipulation consistant à traduire l’exigence de justice fiscale par une demande de réduction des impôts).

En définitive, avec le Grand Débat, Macron s’est offert deux mois et demi de campagne électorale sans opposition et sans élection à la clé : elle n’est pas belle la vie ?