Le Consentement

Article publié le 3 juillet 2020


Roman autobiographique, de Vanessa Springora
2020
(Editeur : Grasset)

L’auteur

Vanessa Springora est née en 1972. Elle est éditrice.

« Le Consentement » est son premier livre.

Le livre

Gabriel Matzneff (G.) est une figure de l’intelligentsia parisienne : il est passé plusieurs fois à « Apostrophes » et a reçu le prix Renaudot en 2013. Pédophile militant, il a fait de sa vie sexuelle son fond de commerce, allant jusqu’à utiliser les lettres de ses victimes comme matériau pour ses livres.

Vanessa Springora (V.) l’a rencontré en 1985 alors qu’elle avait 14 ans. Elle relate dans le « Consentement » sa liaison avec l’écrivain, qui a duré deux ans.

Elle évoque l’environnement familial et les ressorts psychologiques qui ont fait d’elle une proie : parents divorcés, père absent, mère démissionnaire, solitude affective, fragilité de l’adolescence … elle décrit les jeux de séduction et de pouvoir de Matzneff. Elle révèle l’envers du décor, la vie sordide d’un écrivain qui a mis la littérature au service de son addiction avec la complicité de ses pairs. Elle raconte son désarroi et sa souffrance après avoir rompu, son incapacité pendant longtemps à établir une relation de confiance avec un homme.

Gabriel Matzneff est d’une perversité rare : il a enfermé ses victimes dans ses livres, leur enlevant toute possibilité d’oubli et de rémission. C’est ce qui a incité Vanessa Springora a écrire à son tour, en contrepoint du discours du prédateur, livre contre livre en quelque sorte.

Commentaire

Publié en plein mouvement #metoo, « le consentement » a rencontré un écho important, en particulier dans le monde des lettres (qui avait beaucoup de choses à se faire pardonner).

Le roman ne présente pas une grand intérêt littéraire : le récit est linéaire, la narratrice-sujet reste à distance et l’écriture manque de relief. Mais l’enjeu du livre n’est pas là. Vanessa Springora veut avant tout témoigner. Elle s’attache à décrire de façon clinique le modus operandi d’un pervers narcissique. Certaines scènes, racontées dans leur froide réalité, sont glaçantes.

Au delà des faits, Vanessa Springora nous interpelle : comment les adultes (parents, mais aussi médecin et policiers) ont-ils pu être complices à ce point d’un pédophile ? Comment le Tout-Paris littéraire a-t-il pu être aussi complaisant envers un des siens ? Vanessa Springora révèle au passage la bêtise de l’intelligentsia française qui a suivi Matzneff dans ses entreprises les plus tordues (*). Elle nous amène à nous interroger sur notre responsabilité individuelle et collective face aux prédateurs sexuels.

Son livre pose avec beaucoup d’acuité et de justesse la question du consentement, point nodal de la violence sexuelle. Que vaut le consentement d’un enfant ou d’un adolescent, dont l’univers psychologique est si éloigné de celui des adultes ? Que vaut un consentement donné sous emprise ou résultant d’un rapport de force ?

Il ne peut y avoir de relation amoureuse fondée sur une relation de domination, même « entre adultes consentants ».

(*) En 1977 à l’instigation de Matzneff, Roland Barthes, Gilles Deleuze, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, André Glucksmann, Louis Aragon … ont signé une lettre ouverte dans le Monde demandant la dépénalisation les relations sexuelles entre mineurs et adultes.

L’extrait

Le rôle de bienfaiteur qu’aime se donner G. dans ses livres consiste en une initiation des jeunes personnes aux joies du sexe par un professionnel, un spécialiste émérite, bref, osons le mot, par un expert. En réalité, cet exceptionnel talent se borne à ne pas faire souffrir sa partenaire. Et lorsqu’il n’y a ni souffrance ni contrainte, c’est bien connu, il n’y a pas de viol. Toute la difficulté de l’entreprise consiste à respecter cette règle d’or, sans jamais y déroger. Une violence physique laisse un souvenir contre lequel se révolter. C’est atroce, mais solide.

L’abus sexuel, au contraire, se présente de façon insidieuse et détournée, sans qu’on en ait clairement conscience. On ne parle d’ailleurs jamais d' »abus sexuel » entre adultes. D’abus de « faiblesse », oui, envers une personne âgée, par exemple, une personne dite vulnérable. La vulnérabilité, c’est précisément cet infime interstice par lequel des profils psychologiques tels que celui de G. peuvent s’immiscer. C’est l’élément qui rend la notion de consentement si tangente. Très souvent, dans des cas d’abus sexuel ou d’abus de faiblesse, on retrouve un même déni de réalité : le refus de se considérer comme une victime. Et, en effet, comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime, incapable de m’y reconnaître.

Simone Veil

Article publié le 29 avril 2019


Simone Veil avait un beau regard, lumineux, profond ; il n’a jamais faibli publiquement, surtout pas devant les « SS aux petits pieds » venus l’insulter dans ses meetings après le vote de la loi sur l’avortement.

Elle avait un caractère bien trempé et une grande indépendance d’esprit. Elle a montré qu’on pouvait faire de la politique au plus haut niveau de façon intègre, sans renier ses engagements.

Dans la mémoire nationale, Simone Veil restera celle qui a témoigné des horreurs de la Shoah et qui a porté la lutte des femmes au sein de la classe politique. Il ne faut pas oublier pour autant ses autres combats : l’humanisation des prisons, la santé, l’Europe.

Dans son autobiographie « une vie », Simone Veil a publié une photo d’elle entourée de ses petits enfants. La photo a été prise en 2005 à Auschwitz. C’est une très belle réponse à ceux qui ont voulu l’anéantir.

Biographie

  • Naissance à Nice le 13 juillet 1927 de Simone Jacob, quatrième et dernière enfant d’une famille juive, laïque et cultivée. Elle a une enfance heureuse, entre son frère Jean et ses sœurs Madeleine et Denise, auprès de son père architecte et de sa mère Yvonne qu’elle admire.
  • Arrestation fin mars 1944 de la famille Jacob par la Gestapo (à l’exception de Denise qui sera arrêtée plus tard en tant que résistante). Simone, âgée de 16 ans, est déportée avec sa mère et sa sœur aînée Madeleine à Auschwitz ; son père et son frère disparaissent dans un convoi à destination de la Lituanie.
  • Mort de sa mère Yvonne malade du typhus en mars 1945 à Bergen Belsen. Madeleine, atteinte par le typhus elle aussi, est sauvée in extremis par l’arrivée des alliés.
  • De retour à Paris en mai 1945, Simone et Madeleine retrouvent Denise qui a survécu à la déportation. Simone entreprend des études de droit et suit les cours de Sciences Po.
  • Elle rencontre son futur mari Antoine Veil à Sciences Po. Ils se marient en 1946. Le couple a trois garçons (Jean, né en 1947, Claude-Nicolas, né en 1948 et décédé en 2002, Pierre-François né en 1954). Simone accepte de différer son entrée dans la vie active pour s’occuper de leurs enfants.
  • En 1952 Simone Veil est durement frappée par la mort de sa sœur Madeleine dans un accident de la route.
  • Malgré les réticences d’Antoine, Simone prépare le concours de la magistrature. Reçue en 1957, elle est affectée à la direction de l’administration pénitentiaire. Elle y restera jusqu’en 1964.
    Elle passe ensuite aux affaires civiles, puis intègre en 1969 le cabinet du ministre de la justice René Pleven.
  • En 1974, Valéry Giscard d’Estaing la nomme ministre de la Santé. Elle est amenée à ce titre à défendre le projet de loi de légalisation de l’avortement en novembre 1974.
  • En 1979, elle prend la tête de la liste de l’UDF aux élections européennes Elle devient le premier président du parlement européen élu au suffrage universel. Elle reste députée européenne jusqu’en 1993.
  • De 1993 à 1995, Simone Veil occupe le poste de ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur. Elle quitte la vie politique en 1997.
  • Elle siège au Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007. Elle est admise à l’Académie Française en 2008. Elle se retire de la vie publique en 2013, après le décès de son mari.
  • Simone Veil meurt à Paris le 30 juin 2017 à presque 90 ans. Sur décision d’Emmanuel Macron, elle est inhumée au Panthéon avec son époux le 1er juillet 2018.

Pour aller plus loin …

« Une vie », autobiographie publiée en 2007.

Simone Veil y raconte son enfance, sa déportation et sa carrière politique avec beaucoup de simplicité et de pudeur. Elle y décrit les combats qu’elle a menés en tant que ministre et députée européenne.

La télévision a diffusé par ailleurs en juin 2018 un documentaire réalisé par Hugues Nancy à partir d’images d’archives, de photos de famille et de témoignages : « Simone Veil, albums de famille ».