La gauche burkini

Article publié le 12 juin 2022 – Dernière mise à jour : 18 juin 2022


Quand la gauche nage en eau trouble …

Le 16 mai, Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, a fait voter par son conseil municipal – à majorité de gauche – l’autorisation du port du burkini dans les piscines de sa ville, arguant qu’ « il n’y a aucune raison qu’on impose des injonctions vestimentaires aux femmes ».

On en impose bien aux hommes, puisqu’on leur interdit le port du caleçon de bain ! On le fait pour des raisons sanitaires : le même argument devrait justifier l’interdiction du port du burkini, sans plus de débat.

Il ne s’agit donc pas pour Eric Piolle d’une affaire de tissu, mais d’une question politique. Il veut « confessionnaliser » l’espace municipal, évidemment pour capter le vote musulman (ou supposé tel, car les musulmans ont peut-être d’autres soucis que vestimentaires). Le comble, c’est qu’il le fait au nom des droits des femmes.

Ce petit fait divers en dit long sur le confusionnisme idéologique qui règne à gauche.

La gauche a renoncé à changer le monde. Elle n’aspire plus aujourd’hui qu’à gérer des clientèles politiques. Elle a abandonné le combat universaliste pour une stratégie marketing de niches.


Autre évènement du même acabit, l’affaire Bouhafs.

Taha Bouhafs est un journaliste/activiste franco-algérien né en 1997. Il s’est fait connaître en 2018 en filmant Benalla en pleine action place de la Contrescarpe à Paris et en diffusant des fake news sur les violences policières à la fac de Tolbiac (« Les CRS épongent le sang des étudiants à l’intérieur de la fac pour ne laisser aucune trace »). Proche des milieux indigénistes, il a milité au comité Adama et a participé à la marche contre l’islamophobie. Il fait partie aujourd’hui de la nébuleuse qui gravite autour de Mélenchon.

Les insoumis ont essayé de l’imposer comme candidat de la NUPES dans la 14eme circonscription du Rhône. Ils l’ont écarté en catastrophe le 9 mai après avoir reçu plusieurs signalements le concernant pour violences sexuelles.

Le problème n’est pas que Bouhafs soit suspecté de viol : cela arrive aussi à des ministres, et LFI n’est pas responsable des agissements de ses adhérents dans leur vie privée. Le problème, c’est que les insoumis aient voulu faire de ce personnage un député, malgré ses nombreux dérapages publics. Bouhafs a été récemment condamné en première instance pour « injure publique en raison de l’origine » (il a qualifié la syndicaliste policière Linda Kebbab d’«arabe de service » – le jugement est en appel). Il est coutumier de propos limites sur twitter (il a ainsi traité de « pute blanche » une prostituée qui se comparait à Rosa Parks). Il s’est spécialisé dans la traque sur internet des personnalités de culture musulmane – femmes de préférence – qui manifestent trop vivement leur attachement à la laïcité.

Pour les insoumis, ces excès verbaux ne sont que « des propos mal calibrés » tenus par un jeune « issu des quartiers populaires » (Alexis Corbière). A LFI, le patriarcat est à géométrie variable. Crime quand il est le fait d’un « mâle hétérosexuel blanc », il devient simple débordement chez un « racisé ». On peut mesurer là, concrètement, les effets des thèses intersectionnalistes dont se prévaut la gauche woke (1).

Peu importe en définitive que la NUPES arrive au pouvoir, ou qu’elle permette seulement à Mélenchon de couler des jours heureux à la tête de l’opposition : d’un point de vue de gauche, la NUPES est un échec – déjà du fait de ce qu’elle charrie.



(1) Comme le dit très justement Fatiha Agag-Boudjahlat : « (l’intersectionnalité) fonctionne (…) comme une intersection routière : il y a toujours une priorité et un « cédez le passage ». Avec l’intersectionnalité, ce sont toujours les femmes qui cèdent le passage aux intérêts du groupe ethnique et religieux auquel on les assigne. »

Prevert l’esclavagiste

Article publié le 9 juillet 2021 – Il a été complété après sa publication – Dernière mise à jour : 27 décembre 2021


Pour toi mon amour

Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j’ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j’ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j’ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et puis je suis allé au marché aux esclaves
Et je t’ai cherchée
Mais je ne t’ai pas trouvée
mon amour.

(Paroles, Jacques Prévert)

En février 2021, Nadine Couvreux, enseignante à Toronto, a été traduite en conseil de discipline par le rectorat local, le TDSB (Toronto District School Board) suite à la plainte d’un de ses élèves. Son crime ? Avoir fait « l’apologie de l’esclavage » en présentant en cours le petit poème ci-dessus …

Cette affaire est symptomatique de la bêtise woke et de la lâcheté des autorités universitaires outre-atlantique.

Je vous invite vivement à envoyer un petit mail de félicitation aux censeurs du TDSB pour leur contribution majeure à la lutte anti-raciste. Accéder au site du TDSB

Le TDSB a récidivé depuis : il a interdit à ses élèves de participer à un comité de lecture consacré au livre de Nadia Murad, dans lequel cette jeune femme yézidie raconte sa captivité chez Daech comme esclave sexuelle (« the last girl : my story of captivity, and my fight against the islamic state »).

Motif invoqué par les responsables du TDSB : l’autobiographie de Nadia Murad risque « d’offenser les élèves » et « d’encourager l’islamophobie ». Les wokes confondraient-ils « musulman » et « islamiste » ?

(Nadia Murad a reçu le prix Nobel de la paix en 2018 pour son action contre le viol utilisé comme arme de guerre).

Lynchage à Sciences Po

Article publié le 7 juillet 2021 – Il a été complété après sa parution – Dernière mise à jour : 27 décembre 2021


Le 4 mars 2021, Deux professeurs de l’IEP (Institut d’Etudes Politiques) de Grenoble, Klaus Kinzler et Vincent Tournier, ont été mis en cause dans des affiches apposées sur les murs de leur école (« Des fascistes dans nos amphis »). Ces accusations ont été reprises sur les réseaux sociaux, ce qui a valu aux deux enseignants d’être placés sous protection policière.

Leur crime ? Ils ont refusé que le terme « d’islamophobie » soit accolé aux mots « racisme » et « antisémitisme » dans l’intitulé d’un débat organisé par l’IEP : chacun sait que ce terme, très prisé par les islamistes et leurs supplétifs wokes, sert à assimiler les critiques de l’islam et des idéologies qui s’en réclament à du racisme. Outre la dénonciation des flicaillons de l’UNEF, les deux enseignants ont dû subir les foudres de leurs collègues dans la presse (1).

Cette affaire a mis en lumière tous les aspects de l’imposture woke : le caractère pseudo scientifique de cette idéologie (2), l’impudence et l’hypocrisie de ses adeptes (qui qualifient de censure la moindre mise en question) et leurs méthodes staliniennes pour quadriller l’Université (intimidation, insultes et délation).

Certains étudiants de l’IEP se sont crus obligés de surenchérir sur leurs maîtres à penser. Ils ont relayé sur internet les accusations d’islamophobie portées contre les deux enseignants : ils en ont fait des cibles, sciemment, connaissant le sort de Samuel Paty. Ces gens là ont une âme de tchékiste.


(1) Tribune publiée par le Monde le 17 mars 2021.


(2) Dans la polémique engagée avec Klaus Kinzler, une enseignante en histoire de l’IEP de Grenoble a qualifié l’islamophobie de « concept heuristique utilisé dans les sciences sociales » ou comment donner une dimension scientifique à un concept politique douteux …


Les suites de l’affaire (22 décembre 2021) :

Les 17 étudiants-délateurs poursuivis devant une instance disciplinaire de l’IEP Grenoble ont été relaxés. Par contre fin décembre, la direction de l’école a suspendu Klaus Kinzler pour 4 mois pour « propos diffamatoires » (3).

En rétorsion, Laurent Wauquiez a annoncé qu’il supprimait la subvention de 100 000 € attribuée à l’école par la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Que les soubresauts de Sciences Po Grenoble soient instrumentalisés par la droite et l’extrême-droite n’enlève rien au caractère stalinien du comportement des responsables de l’école. Ils utilisent leur pouvoir institutionnel pour faire taire les voix dissidentes, tout en prétendant que « la liberté d’expression est au cœur de leur projet académique ».

Ils ont beau jeu de taxer la décision de Wauquiez de « politique » : comme si eux-même n’avaient pas pris une décision politique en sanctionnant Klaus Kinzler !


(3) Dans un entretien accordé début décembre à plusieurs médias, dont Marianne, Klaus Kinzler a déclaré que Sciences Po Grenoble était un « institut de rééducation politique » et il a accusé un noyau d’enseignants woke d’endoctriner les élèves.