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Zemmour affole la bête…

Dernière mise à jour : 27 octobre 2021

Eric Zemmour serait-il le dernier situationniste ? Il est en train de ridiculiser la démocratie bourgeoise en détournant le processus électoral pour fourguer son manifeste nationaliste écrit à la va-vite (« La France n’a pas dit son dernier mot », 21,90€ sur Amazon).

C’est en tout cas un sacré performeur : Il monopolise la scène politique depuis deux mois avec seulement l’aide d’une poignée de militants identitaires et quelques millions d’euros avancés par de discrets hommes d’affaires. Depuis son entrée en non-campagne, il dicte son agenda à la classe politique française, alors qu’il n’est même pas candidat à la présidentielle – et qu’il ne le sera jamais.

Mais sa vraie fausse candidature ne relève pas du seul marketing : elle s’inscrit dans une démarche politique murement réfléchie.

Beaucoup, à l’extrême droite, ne croient pas en Marine Le Pen. Ils pensent que le Rassemblement National ne pourra jamais arriver au pouvoir seul. Ils rêvent de constituer une grande coalition « populiste » regroupant conservateurs, anti-européens, identitaires et souverainistes.

Cette stratégie n’est pas absurde. La droite illibérale est au pouvoir en Pologne, en Hongrie, en Slovénie. La droite « classique », alliée aux néo-fraquistes de Vox est en situation de l’emporter en Espagne.

Alors, pourquoi ce ne serait pas possible en France ? L’extrême droite et la droite « versaillaise » (fillonniste) font largement jeu égal avec la droite libérale (macron-compatible), d’autant plus que la gauche est définitivement hors jeu, avec moins de 30% de l’électorat.

Pour mettre en oeuvre cette stratégie d’alliance, il faut renvoyer Marine Le Pen à ses chats, faire sauter les derniers verrous moraux à droite et donner aux électeurs « patriotes » un socle idéologique commun. Eric Zemmour s’y emploie en orchestrant une grande catharsis nationaliste anti-immigrés. Il prépare la mise à feu du troisième étage de la fusée Le Pen, la mise sur orbite de Marion Maréchal Pétain.

Une torpille dans le potage

Dernière mise à jour : 18 octobre 2021

L’annulation par l’Australie du contrat d’achat de 12 sous-marins français a beaucoup fait couiner en France. Le gouvernement y a vu un coup bas des américains, chose qui ne se fait pas entre alliés.

S’il ne s’agissait que de cela …

Face aux visées impérialistes chinoises en Asie (sous le couvert de la « nouvelle route de la soie »), l’Australie a décidé de se placer sous la protection des États-Unis. Sa rupture du contrat d’armement avec la France est la conséquence de ce choix stratégique.

Le fait que l’Australie ait opté pour des sous-marins américains à propulsion nucléaire est significatif à cet égard : sa marine ne maîtrise pas cette technologie et devra l’utiliser sous le contrôle et avec l’assistance des États-Unis : l’Australie va intégrer le dispositif militaire américain en Asie.

Cette situation devrait inquiéter au premier chef les australiens. De nombreux analystes politiques considèrent comme probable un affrontement majeur entre les États-Unis et la Chine dans les prochaines années. Le contour des camps en présence se dessine en tout cas clairement à travers les alliances qui se nouent : Chine et Pakistan d’un côté ; Inde, États-Unis, Japon, Grande-Bretagne et Australie de l’autre. Les australiens sont assurés aujourd’hui de se retrouver en première ligne du prochain conflit mondial.

Vu sous cet angle, la fierté du président français et la pérennité de quelques milliers d’emplois dans les arsenaux de Cherbourg pèsent peu. La France devrait plutôt profiter du camouflet commercial qu’elle a subi pour se dégager du piège asiatique et prendre ses distances avec la politique américaine dans le Pacifique.

La vente d’armes n’est pas une activité commerciale comme les autres. Au delà des problèmes moraux qu’elle pose (sauf à avoir le cynisme des israéliens), elle engage le fournisseur aux côtés de ses clients dans les conflits auxquels ils sont susceptibles de participer. Cet engagement, il faut être en mesure de l’assumer.

La situation de la Grèce est symptomatique à cet égard, et en totale symétrie avec celle de l’Australie. En achetant des avions « Rafale » et des navires français, la Grèce a surtout cherché à obtenir la protection de la France : les deux pays viennent d’ailleurs de signer un accord militaire de défense (1).

Il n’est pas certain pour autant que la France vole au secours de la Grèce en cas d’attaque de la Turquie. D’abord parce qu’elle serait la seule en Europe à le faire (2), ensuite parce que l’opinion publique française n’acceptera jamais le coût humain d’un engagement militaire en Méditerranée orientale.

Pour ne pas se retrouver dans une situation inextricable, la France devrait renoncer à tout mercantilisme militaire et placer ses ventes d’armes sous le contrôle du Parlement : cela lui permettrait au moins de les assumer.

Accessoirement, elle devrait aussi s’interroger sur la cohérence de sa politique étrangère, au regard des positions prises par ses partenaires européens.

(1) Cet accord – évoqué très discrètement par les médias français – a été ratifié par le parlement grec le 7 octobre 2021.

(2) L’Allemagne en particulier ne s’opposera pas à la Turquie, et ce pour trois raisons :

  • par crainte de la réaction du 1,5 million de turcs présents sur son territoire,
  • parce qu’elle a passé un accord avec la Turquie pour qu’elle retienne sur son sol les réfugiés syriens,
  • pour des raisons économiques : l’Allemagne équipe la Turquie en chars « Tigre » (utilisés contre les kurdes syriens en 2018) et cherche à lui vendre des sous-marins (susceptibles du coup de servir contre la France).

Eric Zemmour, le troll de la République

Dernière mise à jour : 23 août 2021

D’une intelligence moyenne (il a raté deux fois le concours d’entrée à l’ENA), dépourvu de tout sens moral et doté d’une méchanceté hors du commun, Eric Zemmour ne pouvait être que chroniqueur vedette sur CNEWS.

Est-ce pour obéir au marché ou par simple penchant naturel ? Il s’est spécialisé dans le nationalisme rance et l’apologie de la guerre civile (de comptoir).

Il n est pas le seul à rouler pour ces nobles causes, et en côte, il a parfois du mal à doubler le gros cul concurrent (Bigard, vins et spiritueux : 120 à jeun – 20 chargé).

Car il manque de reprise : il n’a pas dans l’insulte la fulgurance de Céline. Quand il traite les mineurs étrangers de «voleurs, assassins, … violeurs, c’est tout ce qu’ils sont», on le sent déjà au taquet. Eric Zemmour, c’est plutôt le polémiste du dernier kilomètre, le petit épicier de la haine ordinaire.

Tout ceci l’amène à prendre des risques inconsidérés : il a déjà franchi plusieurs fois la ligne rouge sous le nez des juges.

Avoir un bon business plan (une émission quotidienne à « télé mille collines » et un bouquin tous les deux ans) ne lui suffit pas. Il lui faut assurer sa pérennité médiatique.

Alors pourquoi ne pas être candidat à l’élection présidentielle ?