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Innocent à l’insu de son plein gré

Emmanuel Macron s’en est assuré, « d’homme à homme » : Gérald Darmanin est innocent.

Il n a pas commis de viol. Il a juste négocié une relation « librement consentie » en échange d’une petite intervention auprès du ministère de la justice (on imagine la valeur d’un consentement obtenu dans ces conditions).

Il n’appartient pas au Président (ni à quiconque d’ailleurs) de décider de l’innocence – ou de la culpabilité – de Gérald Darmanin. En toute logique, ce serait à la justice de le faire.

Seulement voilà, Emmanuel Macron a mis tout son poids dans la balance. Qui peut croire aujourd’hui qu’un juge osera le contredire ? L’affaire Darmanin est devenu l’affaire Sophie Patterson-Spatz contre l’Etat français.

La nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’intérieur est incompréhensible. Quelle autorité peut avoir un ministre trainant derrière lui un « soupçon avéré » d’abus sexuel ? Quelle crédibilité peut-il avoir dans la lutte contre les violences sexuelles ?

On ne sait si sa nomination est due à un calcul politique (séduire l’électorat de droite ?) ou à la difficulté à pourvoir le poste, compte tenu de la foule de talents qui se pressent autour du Président.

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Le Consentement

Roman autobiographique, de Vanessa Springora
2020
(Editeur : Grasset)

L’auteur

Vanessa Springora est née en 1972. Elle est éditrice.

« Le Consentement » est son premier livre.

Le livre

Gabriel Matzneff (G.) est une figure de l’intelligentsia parisienne : il est passé plusieurs fois à « Apostrophes » et a reçu le prix Renaudot en 2013. Pédophile militant, il a fait de sa vie sexuelle son fond de commerce, allant jusqu’à utiliser les lettres de ses victimes comme matériau pour ses livres.

Vanessa Springora (V.) l’a rencontré en 1985 alors qu’elle avait 14 ans. Elle relate dans le « Consentement » sa liaison avec l’écrivain, qui a duré deux ans.

Elle évoque l’environnement familial et les ressorts psychologiques qui ont fait d’elle une proie : parents divorcés, père absent, mère démissionnaire, solitude affective, fragilité de l’adolescence … elle décrit les jeux de séduction et de pouvoir de Matzneff. Elle révèle l’envers du décor, la vie sordide d’un écrivain qui a mis la littérature au service de son addiction avec la complicité de ses pairs. Elle raconte son désarroi et sa souffrance après avoir rompu, son incapacité pendant longtemps à établir une relation de confiance avec un homme.

Gabriel Matzneff est d’une perversité rare : il a enfermé ses victimes dans ses livres, leur enlevant toute possibilité d’oubli et de rémission. C’est ce qui a incité Vanessa Springora a écrire à son tour, en contrepoint du discours du prédateur, livre contre livre en quelque sorte.

Commentaire

Publié en plein mouvement #metoo, « le consentement » a rencontré un écho important, en particulier dans le monde des lettres (qui avait beaucoup de choses à se faire pardonner).

Le roman ne présente pas une grand intérêt littéraire : le récit est linéaire, la narratrice-sujet reste à distance et l’écriture manque de relief. Mais l’enjeu du livre n’est pas là. Vanessa Springora veut avant tout témoigner. Elle s’attache à décrire de façon clinique le modus operandi d’un pervers narcissique. Certaines scènes, racontées dans leur froide réalité, sont glaçantes.

Au delà des faits, Vanessa Springora nous interpelle : comment les adultes (parents, mais aussi médecin et policiers) ont-ils pu être complices à ce point d’un pédophile ? Comment le Tout-Paris littéraire a-t-il pu être aussi complaisant envers un des siens ? Vanessa Springora révèle au passage la bêtise de l’intelligentsia française qui a suivi Matzneff dans ses entreprises les plus tordues (*). Elle nous amène à nous interroger sur notre responsabilité individuelle et collective face aux prédateurs sexuels.

Son livre pose avec beaucoup d’acuité et de justesse la question du consentement, point nodal de la violence sexuelle. Que vaut le consentement d’un enfant ou d’un adolescent, dont l’univers psychologique est si éloigné de celui des adultes ? Que vaut un consentement donné sous emprise ou résultant d’un rapport de force ?

Il ne peut y avoir de relation amoureuse fondée sur une relation de domination, même « entre adultes consentants ».

(*) En 1977 à l’instigation de Matzneff, Roland Barthes, Gilles Deleuze, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, André Glucksmann, Louis Aragon … ont signé une lettre ouverte dans le Monde demandant la dépénalisation les relations sexuelles entre mineurs et adultes.

L’extrait

Le rôle de bienfaiteur qu’aime se donner G. dans ses livres consiste en une initiation des jeunes personnes aux joies du sexe par un professionnel, un spécialiste émérite, bref, osons le mot, par un expert. En réalité, cet exceptionnel talent se borne à ne pas faire souffrir sa partenaire. Et lorsqu’il n’y a ni souffrance ni contrainte, c’est bien connu, il n’y a pas de viol. Toute la difficulté de l’entreprise consiste à respecter cette règle d’or, sans jamais y déroger. Une violence physique laisse un souvenir contre lequel se révolter. C’est atroce, mais solide.

L’abus sexuel, au contraire, se présente de façon insidieuse et détournée, sans qu’on en ait clairement conscience. On ne parle d’ailleurs jamais d' »abus sexuel » entre adultes. D’abus de « faiblesse », oui, envers une personne âgée, par exemple, une personne dite vulnérable. La vulnérabilité, c’est précisément cet infime interstice par lequel des profils psychologiques tels que celui de G. peuvent s’immiscer. C’est l’élément qui rend la notion de consentement si tangente. Très souvent, dans des cas d’abus sexuel ou d’abus de faiblesse, on retrouve un même déni de réalité : le refus de se considérer comme une victime. Et, en effet, comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime, incapable de m’y reconnaître.

Pire que Dieu : Onfray

Il est tentant de prendre Michel Onfray pour cible, tant le personnage s’expose. Mais il faut frapper vite, car le Maître est toujours en mouvement.

J’ai découvert Onfray sur France Culture, un été à l’heure de la sieste. La radio diffusait une série de conférences qu’il avait données dans le cadre de son université populaire. Dans une de ses causeries, Onfray a résolu le conflit israélo-palestinien en 35 minutes (hélas, aucun protagoniste n’était là pour prendre des notes). Un jour, il a même prouvé scientifiquement la non-existence de Jésus et, par capillarité, celle de Dieu.

Onfray est un penseur redoutable. il peut produire n’importe quel concept en combinant approximations, raccourcis hâtifs et syllogismes. C’est le Wase de la pensée : vous lui indiquez le point d’arrivée et lui vous donne le raisonnement à suivre pour y arriver.

Parlons d’itinéraire, justement : Onfray a suivi un cheminement politique original : parti du marais libertaire, il a échoué à la droite populiste. Il vient de lancer une revue pour fédérer les souverainistes de tout poil. Il l’a intitulée « Front populaire » : il peut y vendre des salades nationalistes sans crainte, aucun ayant droit ne viendra lui demander des comptes.

Soyons assurés cependant qu’il ne s’agit là que d’une étape dans son parcours cosmologique.

Car Michel Onfray embrasse le Monde.