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Retraites : le piège

De mensonges en manipulations, de cafouillages en improvisations, le gouvernement a ruiné la confiance des français dans un régime de retraite universel et est en train de bricoler un système tout aussi complexe que le système existant.

Au delà de l’amateurisme gouvernemental, il faut chercher l’origine de ce fiasco dans le projet politique présidentiel.

Emmanuel Macron gouverne la France comme il managerait une entreprise : il est assez étranger au principe de concertation…

Son objectif est de fluidifier l’économie au profit des entreprises ; dans son esprit, le social est une charge, au sens économique du terme (cf le fameux « pognon de dingue »).

Emmanuel Macron veut réformer les retraites pour en réduire le coût ; il veut autoréguler ce coût en modulant les droits à la retraite pour assurer l’équilibre financier du système (c’est la finalité de l’âge pivot).

Cette approche est source d’insécurité pour les salariés car elle leur enlève toute assurance concernant leur revenu une fois à la retraite (malgré les promesses gouvernementales, rien ne garantit que le point, dans lequel seront convertis les droits à la retraite, ne se transformera pas un jour en monnaie de singe).

Pour se prémunir contre cette incertitude, les futurs retraités n’auront d’autre choix que de se tourner vers les retraites par capitalisation (du moins, ceux qui le pourront). C’est l’objectif caché du gouvernement : développer le marché français de l’épargne-retraite (les accointances du gouvernement avec BlackRock (*) ne laissent aucun doute à ce sujet).

Politiquement, Emmanuel Macron joue son deuxième mandat sur ce projet de réforme. Il veut conquérir l’électorat de droite : le bras de fer avec les syndicats « du front du refus » lui permet de conforter son image d’homme fort.

Compte tenu de l’enjeu pour le pouvoir, la politique du tout ou rien adoptée par SUD, FO et la CGT, engagés dans une grève illimitée dans leurs bastions traditionnels, est suicidaire.

A l’inverse, la CFDT a accepté du gouvernement un cadre de négociations qui ressemble beaucoup au jeu de bonneteau.

Il est peu probable aujourd’hui que les syndicats, divisés sur les objectifs et la stratégie à suivre, puissent peser sur le projet de réforme.

Une fois de plus, la gauche est hors jeu : elle n’a pas élaboré de projet alternatif sur lequel auraient pu s’appuyer les syndicats.

Elle a préféré s’enfermer dans la défense du système de retraite actuel présenté comme « le meilleur du monde » ; meilleur du monde pour les chauffeurs de bus parisiens, pas pour ceux de Marseille ni pour les caissières de LIDL …

Pire peut-être : elle persiste dans un discours démagogique déconnecté des réalités économiques. Entendre Clémentine Autain (**) défendre la retraite à 60 ans pour tous en disant qu’on n’est pas à 2% du PIB près, a quelque chose d’atterrant. Les français savent où mène ce type de discours : à Macron.

(*) premier gestionnaire d’actifs mondial.

(**) députée LFI de Seine-Saint-Denis.

Les misérables

Drame.
2019 – France – 1h43.
Film réalisé par Ladj Ly
Avec : Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga.

Synopsis

Stéphane a demandé sa mutation dans la Seine-Saint-Denis pour se rapprocher de son fils. Affecté au commissariat de Montfermeil, il est intégré dans une équipe de la BAC et part immédiatement en patrouille avec deux policiers aguerris, Chris et Gwada. Il découvre effaré la vie dans les cités de banlieue et les relations particulières qu’entretiennent ses collègues avec leurs habitants.

Commentaire

Le film commence comme un banal film « de flics » : esbroufe et échanges virils. Puis le rythme s’accélère, la tension monte, la violence s’installe : on bascule dans le cauchemar.

Plus qu’un témoignage sur les banlieues (*), « les misérables » est une dénonciation de l’abandon des quartiers dits « sensibles », un cri d’alarme sur l’état de la jeunesse des cités.

Dans ces territoires oubliés par la République, les seules manifestations de l’Etat sont les incursions de la voiture de la BAC dans des rues hostiles, comme une patrouille en territoire occupé. Nous sommes dans un « ailleurs », avec ses centres de pouvoir informels (les trafiquants, les salafistes, un maire de quartier), administré à distance par des autorités dont la seule préoccupation est le maintien de l’ordre.

Le film se focalise sur les relations entre les jeunes et la police. Il décrit des jeunes livrés à eux-mêmes, qui, en réponse aux vexations et brutalités policières se laissent aspirer par une violence sans borne.

Le film nous fait vivre l’action aux côtés des policiers. On les découvre avec leurs faiblesses et leurs doutes, dépassés en définitive par une mission trop lourde pour eux. Le film n’en est que plus émouvant.

On sort de la projection atterré par tant de violence, atterré par le gâchis des vies, et écrasé par l’urgence et l’ampleur de la tâche.

(*) le film n’évoque que très marginalement le poids de l’économie parallèle et ses ravages dans les quartiers, en particulier chez les jeunes (pour mémoire : le marché de la drogue en Seine Saint Denis est estimé à 4 milliards d’euros, le double du budget du département).

Pour Sama

Documentaire.
2019 – Grande Bretagne / Etats Unis – 1h35.
Film réalisé par Waad al-Kateab et Edward Watts.

Synopsis

Sama (« le ciel » en arabe) est une petite fille née à Alep en janvier 2016 pendant le siège de la ville par l’armée de Bachar al-Assad. Sa mère, Waad et son père Hamza étaient étudiants en 2011 lorsqu’a éclaté la révolution syrienne. Ils se sont rencontrés dans les manifestations contre le régime. Hamza s’est improvisé chirurgien et a créé un hôpital clandestin avec ses amis étudiants. Waad a filmé leur quotidien avec son téléphone pendant 5 ans pour témoigner : l’espoir de liberté les premiers jours de la révolution, les cadavres mutilés des opposants sortis du fleuve, l’arrivée des morts et des blessés à l’hôpital après chaque bombardement ; une litanie de scènes d’horreur entrecoupée de quelques images d’intimité du couple autour de Sama, à qui est dédié le film.

Commentaire

La grande force de ce film est de montrer la guerre en Syrie du point de vue de la population ; ici pas de miliciens en armes, pas de débat idéologique, pas de géopolitique ; juste des images d’hommes, de femmes et d’enfants pris au piège dans leur ville assiégée et bombardée en aveugle par leur gouvernement. Ce film montre simplement la réalité du conflit syrien : une guerre menée par le pouvoir contre son peuple.

Certaines scènes sont insoutenables ; celles en particulier qui concernent les enfants. Il faut pourtant les voir, car elles font voler en éclat tous les discours que l’on nous sert depuis 2011 pour justifier notre passivité, notre indifférence, notre lâcheté face au drame syrien.

Ce film est terrible car en filigrane, il pose le problème de notre responsabilité, individuelle et collective.

Pour aller plus loin …

Consulter le dossier de presse (interview et biographie des réalisateurs) : ouvrir le document au format pdf