Lundi 31 aout, Marine Le Pen a confirmé qu’en cas de victoire à l’élection présidentielle, elle soumettrait « aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes … y compris la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public ».
Pour cela, il faudrait que les juristes du RN réussissent à définir ce qu’est « un voile islamiste » : comment le distinguer du fichu de la mémé ariégeoise ou du foulard de la femme qui suit une chimiothérapie ? A sa couleur, à la façon dont il est noué … ou au faciès de celle qui le porte ?
De toute façon, toute loi ciblant expressément les femmes musulmanes sera anticonstitutionnelle et sera censurée de ce fait par le Conseil Constitutionnel (1).
C’est la raison pour laquelle Marine le Pen veut faire voter sa future loi directement par les français en se référant à l’article 11 de la Constitution. Problème : celui-ci n’est pas applicable aux référendums modifiant la Constitution. Pour ce type de référendum, il faut passer par l’article 89 qui exige que le texte soumis aux électeurs soit voté au préalable dans les mêmes termes par les deux assemblées. Or même si le RN gagne les législatives en 2027, il n’aura pas la majorité au Sénat (sauf à rallier la droite à sa cause).
Il restera à Marine le Pen la possibilité de faire un coup d’état constitutionnel en passant en force (2), ce qui placerait son quinquennat sous les meilleurs auspices.
Peu importe de toute façon qu’une telle loi soit votée : elle ne sera pas appliquée. Imagine-t-on les policiers courir derrière les femmes voilées, alors qu’ils sont incapables aujourd’hui de verbaliser celles qui contreviennent à la loi de 2010 interdisant le port du voile intégral ? Imagine-t-on la police se lancer dans la chasse au voile alors que le trafic de drogue explose, que le terrorisme menace et que la lutte contre la pédocriminalité est une priorité nationale ?
Avec sa lucidité habituelle, le Monde a publié le 2 septembre un éditorial intitulé « Pénaliser le port du voile : le piège tendu par Marine Le Pen ». Elle chercherait à piéger les autres candidats à l’élection présidentielle « en détournant le débat politique des problèmes réels » : comme si elle n’était pas capable de baratiner les français sur n’importe quel sujet comme ses concurrents !
En réalité, Marine le Pen s’est piégée elle-même en s’engageant à mettre en oeuvre une loi absurde. Ce faisant, elle lève surtout le voile sur un trait majeur des le Pen : la bêtise.
(1) Une telle loi contreviendrait à l’article 1 de la Constitution ainsi qu’au bloc de constitutionnalité (en particulier l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le préambule de la Constitution de 1946) ; elle serait aussi contraire à la Convention européenne des droits de l’homme signée par la France.
(2) Le général de Gaulle s’y est risqué en 1962 pour faire élire le Président de la République au suffrage universel, mais les pouvoirs du Conseil Constitutionnel ont été renforcés depuis et… n’est pas de Gaulle qui veut.


