Antisémitisme d’atmosphère

Le 3 mars dernier s’est tenu à Pantin une grande messe autour de Judith Butler (1), figure emblématique du féminisme nord-américain. Y participaient des membres de la garde rapprochée de Mélenchon (Danièle Obono), la « féministe musulmane » (dixit J. Butler) Houria Bouteldja (2), les « décoloniaux » de Paroles d’honneur, des membres des mouvements juifs « antisionistes », des représentants des différentes chapelles trotskistes, et, last but not the least, les « résistants » d’Action antifasciste Paris-Banlieue (il ne manquait qu’Annie Ernaux, mais elle a communié à distance).

Judith Butler s’est longuement exprimée sur la situation au Moyen-orient. « Le Monde » a publié un petit florilège de ses propos dans son numéro du 14 mars. Judith Butler a vu dans l’attaque du Hamas du 7 octobre un « soulèvement », qui ne saurait être assimilé à un « acte terroriste » ou à une « attaque antisémite ». Concernant les viols commis par les militants du Hamas, elle a affirmé que « si ces allégations sont documentées, nous déplorons » ces actes, mais « nous insistons pour voir cette documentation ».

Elle a bien sûr reçu une standing ovation des participants.

Les wokes américains ont au moins l’avantage sur leurs homologues français de s’exprimer sans fard ni fausse pudeur. Faire du Hamas un mouvement de résistance, comme le fut le Fatah de Yasser Arafat, c’est une imposture. Judith Butler à l’instar de l’extrême gauche française, projette ses fantasmes sur une organisation fascisante et raciste. Le Hamas est le pendant de l’extrême droite au pouvoir en Israël ; il est le co-organisateur du martyr du peuple palestinien.

La froide réalité du « soulèvement » du 7 octobre, ce sont des dizaines de femmes dénudées, violées, poignardées, certaines démembrées. Ces faits ont été largement documentés, souvent par leurs auteurs eux-mêmes. Les mettre en doute relève du pur négationnisme. Apparemment, les femmes juives (« sionistes », dans le jargon de l’extrême gauche) sont moins femmes que les autres et ne méritent pas en tout cas la compassion de Judith Butler.

Il y a quelque chose de fascinant dans la propension des idéologues de tout poil, et de leurs adeptes, à déshumaniser « l’Autre », le Juif en l’occurrence. L’extrême gauche est incapable de dénoncer les crimes d’Israël sans patauger dans l’antisémitisme. Elle est antisémite par bêtise, quand elle reprend le slogan islamiste « la Palestine, du Jourdain à la mer » qui appelle implicitement à l’élimination des juifs d’Israël. Elle l’est par complaisance, quand elle tolère les jeux de mots à la Le Pen du rappeur Médine, dont l’antiracisme s’arrête à la porte des synagogues ; elle l’est par lâcheté quand elle refuse de voir l’antisémitisme qui fleurit dans les banlieues (il ne fait pas bon d’être juif dans un collège public du 9-3). L’antisémitisme de gauche a ceci de particulier qu’il est allusif, insidieux, hypocrite … Serait-il donc honteux ?


(1) Professeur émérite à l’université de Californie à Berkeley, auteur de Trouble dans le genre (paru aux USA en 1990), ouvrage qui fait référence dans les milieux féministes radicaux.


(2) Cofondatrice du Parti des indigènes de la République, auteur de Les Blancs, les Juifs et nous (paru en 2016).

Crimes de guerre : Bibi joue dans la cour des grands

Entre 40 000 et 50 000 morts et disparus (dont 70% de femmes et d’enfants), les hôpitaux pris pour cible, la population privée d’eau, de soins et de nourriture, de nombreux humanitaires et journalistes tués : Benyamin Netanyahou (« Bibi » pour ses admirateurs) accumule les crimes de guerre à Gaza.

Plus personne, même en Israël, ne croit qu’il veut sauver les otages israéliens encore en vie ; aucun expert militaire, même en Israël, ne pense que Tsahal peut liquider le Hamas en bombardant massivement Gaza. Alors pourquoi Benyamin Netanyahou s’acharne-t-il ?

D’abord, par vengeance et calcul personnel. Il veut faire payer collectivement aux palestiniens l’humiliation qu’il a subie le 7 octobre et faire oublier aux israéliens sa responsabilité dans le massacre commis par le Hamas. Il a intérêt par ailleurs à prolonger la guerre pour retarder le moment où il devra comparaître devant les juges.

Mais la principale raison de la poursuite de la guerre n’est pas là. En réalité, Netanyahou et ses alliés suprémacistes se sont engagés dans une guerre totale : ils ont entrepris de raser les infrastructures de Gaza pour rendre l’enclave inhabitable et en chasser définitivement les palestiniens. Ils veulent profiter de la lutte contre le Hamas pour mettre en œuvre leur projet de « Grand Israël ».

Les dirigeants occidentaux ne font rien pour s’opposer à ce plan, comme ils évitent soigneusement de parler de crimes de guerre. Ils préfèrent faire étalage de leur impuissance dans les médias …

Les États-Unis pourraient pourtant faire cesser les bombardements israéliens en menaçant Netanyahou d’arrêter de lui fournir des armes. Le double jeu de Biden est pathétique : tout en livrant à Tsahal les bombes qui écrasent Gaza, il feint de venir au secours de la population palestinienne en faisant construire une jetée maritime pour acheminer l’aide humanitaire qu’Israël refuse de laisser passer.

Notre Président de son côté, bien qu’adepte des « disruptions », s’interdit tout geste fort, comme par exemple rappeler son ambassadeur.

Cette complicité avec Israël, l’Occident va la payer très cher. Nos dirigeants n’imaginent pas la haine qu’ils suscitent au sein des peuples du « Sud global ». Cette haine se manifestera demain sur des terrains ou pour des enjeux bien plus vitaux que le maintien d’un escroc au pouvoir à Jérusalem.

Chaque jour qui passe, israéliens et palestiniens s’enfoncent dans l’abîme. Les israéliens sont aussi victimes de cette fuite en avant. Comment vont-ils pouvoir vivre demain avec les morts de Gaza sur la conscience ? Quelle légitimité aura Israël à l’avenir, en particulier auprès des opinions publiques occidentales ? Mis au ban des nations, l’état hébreu va se retrouver seul face à un ennemi toujours plus virulent, toujours plus puissant, et toujours aussi déterminé.

N’en déplaise au Hamas et aux suprémacistes juifs, le sort des israéliens et des palestiniens est intimement lié. Aucun de ces deux peuples ne pourra vivre en paix tant que l’autre ne sera pas en sécurité.

Pour arrêter le massacre, il faudrait instaurer un cessez le feu en contrepartie du désarmement du Hamas et de l’ouverture de négociations, avec engagement des occidentaux de créer un état palestinien souverain en Cisjordanie et à Gaza. Il incombe aux États-Unis et leurs alliés arabes de mettre en œuvre un plan de ce type : eux seuls sont en mesure de faire plier Israël et le Hamas.

Le défi est immense, mais c’est dans ce genre de situation qu’on mesure l’étoffe d’un chef d’état : le premier dégât collatéral de la guerre de Gaza risque d’être l’échec politique de Biden.

Les occidentaux n’ont pas fini de mesurer le pouvoir de nuisance de Netanyahou.



Assassinats 2.0

Le journal « Haaretz » et les médias israéliens en ligne « +972 » et « Local call » ont publié plusieurs articles sur l’automatisation de la traque du Hamas par Israël.

Tsahal utilise un logiciel nommé « Lavender » pour générer des cibles. En s’appuyant sur les données recueillies sur plusieurs centaines de militants avérés du Hamas, le logiciel identifie les personnes présentant un profil similaire et les désigne aux pilotes de chasse ou de drones, ceux-ci ne disposant que de quelques secondes pour valider le choix du logiciel.

Le spectre des personnes désignées par « Lavender » est très large et peut inclure des individus n’ayant qu’un lointain rapports avec le Hamas : fonctionnaires, policiers  … (jusqu’à 37 000 cibles ont ainsi été identifiées).

Tsahal utilise un autre logiciel appelé « Évangile » pour cibler les bâtiments, en particulier le domicile des militants du Hamas, sans égard pour leurs proches.

Les règles d’engagement de l’armée israélienne sont très souples : Tsahal admet 20 à 30 victimes collatérales pour une cible de bas niveau et jusqu’à 300 pour un cadre important du Hamas.

L’armée israélienne aurait défini par ailleurs des « kill zones » dans tout le territoire palestinien : des secteurs aux frontières invisibles à proximité des lieux de déploiement des troupes, dans lesquels les hommes en age de combattre sont systématiquement abattus.

Hamassacre

le 7 octobre, Israël a connu le même jour son 11 septembre, son Bataclan et le progrom le plus meurtrier de l’Histoire depuis la deuxième guerre mondiale.

L’attaque du Hamas a profondément traumatisé Israël ; elle a interrompu le rapprochement en cours entre l’état hébreu et l’Arabie Saoudite et a provoqué en retour un bain de sang à Gaza : le Hamas a atteint ses objectifs au delà de toutes ses espérances.

Évacuons tout de suite le débat sur la nature de cette organisation. Il est clair que l’attaque du 7 octobre est une action terroriste ; qualifier pour autant son auteur de « terroriste » n’a pas beaucoup de sens : le terrorisme est un mode d’action, pas une fin en soi.

Beaucoup de dirigeants dans le Monde ont tendance par ailleurs à qualifier leurs opposants de « terroristes », jusqu’à notre ministre de l’intérieur qui a traité « d’éco-terroristes » les opposants aux méga bassines ; le terme est galvaudé. Qui plus est, l’appliquer à ses ennemis peut s’avérer contre-productif quand on doit ensuite négocier avec eux.

Une chose est sûre, en tout cas : le Hamas n’est pas un mouvement de résistance. Si c’était le cas, le 7 octobre, il se serait borné à attaquer des cibles militaires : il aurait alors remporté une victoire éclatante (près de 200 soldats israéliens tués) tout en épargnant la vie de ses combattants (ceux-ci se seraient moins attardés sur les lieux du crime).

Si le Hamas avait mené une action purement militaire, il aurait provoqué un séisme politique en Israël ; il aurait acquis une stature et une légitimité internationales ; in fine, il aurait remis le règlement du conflit israélo-palestinien en tête des agendas arabes et occidentaux ; il aurait réussi un coup de maître. Mais voilà : il a préféré tuer des juifs …

Le Hamas n’a que faire de la création d’un état palestinien viable, indépendant et démocratique. Depuis les accords d’Oslo en 93, il n’a de cesse de s’opposer à toute solution politique en Palestine.

Le Hamas n’est pas un mouvement de résistance : c’est une organisation islamiste dont l’objectif est d’établir la charia « du Jourdain à la mer », d’où sa volonté de détruire Israël et de chasser les juifs de Palestine. Il n’a d’ailleurs jamais fait mystère de cet objectif : sa charte est un tissu de délires antisémites.

Le 7 octobre, le Hamas s’est livré sciemment à des atrocités pour provoquer un massacre en retour ; avec Netanyahou au pouvoir, il savait pertinemment quelle serait la réponse d’Israël … Il a enclenché une spirale de terreur en Palestine pour ériger un mur de haine entre israéliens et palestiniens ; il s’inscrit dans une logique de guerre de civilisation : arabes contre juifs, islam contre Occident.

Déjà 1 500 morts ou disparus du côté israélien, 15 000 à 20 000 du côté palestinien. Certes, le Hamas est à l’origine de ce massacre, mais il n’en est pas le seul responsable.

Il n’a pas agi seul.

Sauf à considérer que Netanyahou s’est fait refiler un grillage à poules en guise de barrière sécurisée (ce qui constituerait l’arnaque du siècle), il est évident que le Hamas a bénéficié de l’aide matérielle, technique, de ses principaux soutiens internationaux, l’Iran et la Russie.

Il suffit d’ailleurs de regarder à qui profite le crime : en torpillant les accords d’Abraham, le Hamas a brisé l’encerclement qui menaçait l’Iran. En ouvrant un nouveau front au Moyen-Orient, il a détourné l’attention des occidentaux du conflit ukrainien et, en provoquant une réaction bestiale d’Israël, il a contribué à alimenter l’hostilité du « Sud Global » contre les occidentaux perçus comme les alliés de l’état hébreu.

Bref : le Hamas est « l’idiot utile » des ayatollahs et de Poutine.

Cependant, les principaux responsables du désastre sont à chercher ailleurs : il s’agit de la droite israélienne au pouvoir à Jérusalem depuis trente ans et de l’extrême droite religieuse et suprémaciste qui l’a rejointe au gouvernement en 2022.

Rappelons en préambule que l’extrême droite israélienne n’a jamais accepté les accords d’Oslo (au point de faire assassiner Yitzhak Rabin) ; elle a tout fait pour rendre ces accords inapplicables, en particulier en multipliant les colonies dans les territoires occupés. Son projet politique de « grand Israël », qui ne laisse aucune place aux palestiniens, est le pendant juif du projet du Hamas. L’extrême droite israélienne fonctionne en miroir de celui-ci.

Depuis son retour au pouvoir en 2009, Netanyahou « joue » le Hamas contre l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas, avec deux objectifs :

– affaiblir l’Autorité Palestinienne pour faciliter la colonisation de la Cisjordanie et rendre inaudible les palestiniens au niveau international,

– disposer à Gaza d’un ennemi avec lequel aucun dialogue n’est possible, pour justifier en retour sa propre intransigeance. Netanyahou est allé jusqu’à aider le Hamas en sous-main : ce sont les services secrets israéliens qui réceptionnaient et convoyaient jusqu’à Gaza les 30 millions de dollars que versait le Qatar tous les mois au Hamas pour financer son administration.

Cette politique a contribué à jeter les palestiniens dans les bras du Hamas.

Elle a conduit en outre Netanyahou à faire une erreur stratégique monumentale : il a cru que le Hamas se contenterait de gérer Gaza. Le 7 octobre, il a reçu un démenti sanglant.

Netanyahou a commis par ailleurs plusieurs fautes politiques impardonnables :

– Il n’a pas tenu compte des alertes que remontaient régulièrement les services secrets israéliens ni de l’avertissement que lui ont fait parvenir les autorités égyptiennes quelques jours avant l’attaque du Hamas. Il a même poussé l’impudence jusqu’à prétendre que les services secrets ne l’avaient pas informé (son nouvel allié Benny Gantz a du démentir ses propos dans la foulée).

– Pour complaire à ses amis suprémacistes, Netanyahou a envoyé les militaires qui surveillaient la frontière sud d’Israël en Cisjordanie pour épauler les colons juifs (considérant que sa fameuse « barrière sécurisée » suffirait à contenir le Hamas).

– Il a enfin contribué à désorganiser l’armée israélienne en cherchant à réduire le pouvoir de la Cour Suprême (tout cela pour que ses amis politiques condamnés par la justice puissent rester au gouvernement, lui-même étant par ailleurs mis en cause dans plusieurs affaires de corruption). Depuis plusieurs mois, des centaines de réservistes de Tsahal refusaient d’effectuer leur période militaire pour protester contre le projet de réforme du gouvernement.

Les israéliens ont payé très cher le fait d’avoir confié leur destin à un escroc.

Les occidentaux ont eux aussi une lourde responsabilité dans la catastrophe du 7 octobre.

Ils ont beau jeu aujourd’hui de brandir la solution à deux états : pendant des années, ils ont laissé Israël détruire la continuité territoriale d’un possible état palestinien en multipliant les colonies dans les territoires occupés ; ils l’ont laissé s’y livrer à une épuration ethnique à bas bruit (expulsions, expropriations, destruction de logements, harcèlement de la population …) (1).

– A cet égard, la responsabilité des États-Unis est écrasante : ils avaient les moyens de ramener Israël à la raison, car ils financent et équipent massivement son armée (3,8 milliards de dollars par an). Israël ne peut pas faire la guerre sans leur aide matérielle.

– L’Europe de son côté est restée passive face à la dégradation de la situation en Cisjordanie alors qu’elle est le principal bailleur de fonds de l’Autorité Palestinienne. Elle a même soutenu le pseudo plan de paix pour le Moyen-Orient de Trump en 2020.

– La France enfin est hors jeu depuis 2020 suite aux rodomontades de Macron après l’explosion du port de Beyrouth (2). La proposition grotesque du Président français le 24 octobre de constituer une coalition internationale contre le Hamas, puis son récent appel à un cesser le feu inconditionnel ont fini par le déconsidérer définitivement. Au Moyen-Orient, Macron fait rire.

Aujourd’hui, Israël est dans une impasse, malgré sa puissance militaire, ou plutôt à cause d’elle. Il pilonne Gaza sans plan précis, en affichant deux objectifs antinomiques : détruire le Hamas et sauver les otages. Il n’atteindra ni l’un ni l’autre (3).

Tsahal poursuit des fantômes dans les tunnels de Gaza. Le Hamas n’est pas une armée conventionnelle : il n’a ni centre logistique, ni poste de commandement, ni artillerie, ni blindés … Rien qui puisse constituer une cible. Ses militants agissent en petits groupes autonomes ; ils sont équipés d’armes légères et se fondent dans la population après chaque action.

Israël se moque du monde quand il prétend détruire les infrastructures du Hamas : il ne fait que réduire des immeubles de Gaza en poussière en tuant leurs habitants. Il tue dix civils pour un combattant, et quand il en tue un, il en fabrique deux par la haine qu’il suscite. Israël a surtout réussi jusqu’à présent à dresser l’opinion internationale contre lui, au point de faire oublier l’horreur des crimes du Hamas.

L’urgence aujourd’hui est d’arrêter les combats et de sauver les otages encore en vie. On pourrait imaginer ensuite un désarmement du Hamas en contrepartie du placement des palestiniens sous protection internationale. Les véritables négociations pour la création d’un état palestinien pourraient alors commencer : il existe en Israël, à Gaza et en Cisjordanie des gens lucides (4) qui sont convaincus que la solution à deux états est la seule permettant de résoudre le conflit.

Pour cela, Israël devra discuter avec toutes les factions palestiniennes, y compris avec le Hamas ; il devra accepter de démanteler ses colonies en Cisjordanie, quitte à affronter ses colons les plus extrémistes. Ce sera le prix à payer pour que les palestiniens acceptent de leur côté un compromis territorial.

Pour qu’un tel plan ait une chance d’aboutir, il faudra qu’il soit porté par les États-Unis et les pays arabes qui soutiennent financièrement les palestiniens (dont l’incontournable Qatar).

Ces conditions semblent irréalistes aujourd’hui, faute d’avoir été posées à temps. La voie de la négociation est longue et périlleuse, mais c’est la seule issue possible au conflit israélo-palestinien.


(1) Les colons suprémacistes juifs profitent de la guerre à Gaza pour multiplier leurs exactions : plus de 250 palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis le 7 octobre.


(2) Lors de sa visite du 6 août 2020 à Beyrouth, Macron avait fustigé la classe politique libanaise et exigé des changements politiques radicaux au Liban, avec le succès que l’on sait.


(3) Netanyahou est le dernier à pouvoir conduire la guerre contre le Hamas : il va accumuler les morts à Gaza pour faire oublier sa responsabilité dans la débâcle du 7 octobre et il va chercher à prolonger indéfiniment la guerre pour échapper à la commission d’enquête qui l’attend à la fin du conflit.


(4) Parmi les « justes », côté israélien, on peut citer Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France (cf tribune publiée le 8 octobre dans le Monde : « L’attaque du Hamas résulte de la conjonction d’une organisation islamiste fanatique et d’une politique israélienne imbécile » (article accessible dans son intégralité uniquement aux abonnés) / interview sur France Inter le 21 novembre 2023), et du côté palestinien : Elias Sanbar, ancien Ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO (cf interview sur France Inter le 15 décembre 2023)

La preuve par le miel

roman de Salwa al Neimi

traduit de l’arabe par Oscar Heliani et revu par l’auteur

2008 (Editeur : Robert Laffont)

L’auteur

Salwa al Neimi est une romancière et poétesse syrienne. Elle est née en 1950 à Damas où elle a fait des études de littérature arabe. Elle vit à Paris et travaille au service communication de l’Institut du Monde Arabe. Elle a publié en français une sélection de ses poèmes traduits de l’arabe, Mes ancêtres les assassins, et un roman, Presqu’ile arabe.

Le livre

La narratrice, d’origine syrienne, passe auprès de ses collègues et de ses amis pour une femme discrète, attentive, complice. Mais elle a une passion secrète : le sexe. Si elle est à l’écoute des autres, c’est pour se nourrir de leur histoire intime ; elle profite de sa fonction de bibliothécaire pour se plonger dans la littérature érotique arabe et elle exploite chaque rencontre amoureuse pour approfondir sa connaissance des hommes et du plaisir qu’ils lui donnent.

Point d’orgue de cette vie parallèle : sa relation avec un mystérieux amant, le Penseur. Avec lui, elle a pu partager sa passion et la mettre en mots. Plus qu’un initiateur, le Penseur a été un révélateur : il lui a permis de poursuivre sa quête en toute conscience.

Commentaire

La preuve par le miel renvoie par sa forme et son style aux traités érotiques qui fascinent tant la narratrice. C’est à la fois une ode au plaisir et un état des lieux de la sexualité dans le monde arabe.

Avec humour, l’auteur traque la dissimulation et la duplicité dont font preuve ses contemporains dans leur relations amoureuses. L’immoralité n’est pas dans la recherche du plaisir, mais dans les voies tortueuses qu’elle prend. Salwa al Neimi milite pour des relations sexuelles débarrassées de toute hypocrisie, obéissant au seul désir. « Mon histoire n’est pas un scandale, ni mon livre. Le scandale était dans le secret. Mais le secret n’est plus ».

La preuve par le miel est un livre insolent qui ignore superbement morale et religion. Provocation suprême : il a été écrit par une femme, directement en arabe.

Il dresse le portrait en creux d’un « don juan » féminin : une femme libre, à l’écoute de son désir mais attachée à garder le contrôle dans ses relations amoureuses (dans son récit, le mot grossier n’est pas « sexe », mais « amour » !).

L’extrait

Je passais le voir le matin, avant de partir travailler. Je montais les marches en courant. A peine avais-je sonné qu’il ouvrait vite la porte, comme s’il m’attendait, à moitié endormi. Je me mettais nue et me glissais dans le lit. Je l’enlaçais et commençais à le humer. Il écartait la couverture et ses mains me caressaient. Lentement. Il goûtait mon miel avec gravité et bonheur. Je parcourais de mes lèvres tous les lieux de son corps. Mes yeux s’ouvraient, mon corps aussi. Nous trouvions notre rythme : entre moi qui étais impatiente et lui qui savourait le plaisir. Le temps passe sans nos séparer. Sans nous arrêter. Sous lui, sur lui, sur le côté, sur le ventre, à genoux. Entre chaque position, il répétait : j’ai une idée. Il n’était jamais à court d’idées. Et moi, j’aime la philosophie, le monde des idées. Je l’ai appelé : le Penseur.

Le Penseur m’a écrit une lettre. Une lettre d’amour. Je me suis dit : Comment peut-il employer le mot amour ? Je l’évite autant que je peux. Avec lui comme avec les autres. Je ne connais pas l’amour, je connais le désir. L’amour appartient à un au-delà qui me dépasse, et je me refuse à lui courir après. Le désir, le mien ou celui de l’autre, je le connais, je le touche, je le vois, je le sens, je vis ses effets et ses métamorphoses. Lui seul me prend par la main pour me conduire vers mes espaces inexplorés.

L’amour est pour l’âme, le désir est pour le corps. Je n’ai pas d’âme. Cette idée me hantait avant même d’apprendre qu’il fut un temps où les femmes étaient privées d’âmes.

Pour aller plus loin …

Lire la critique de « La preuve par le miel » publiée dans le Monde (juin 2008)

Visionner l’ interview de Salwa al Neimi à France 24 à l’occasion de la sortie de son roman « Presqu’ile arabe » (avril 2013)


Disneyland

Le 28 janvier 2020, Donald Trump a présenté le « plan de paix » américain pour le Proche orient devant un Netanyahou hilare. « Bibi » avait raison de se fendre la poire, car ce plan est une véritable farce.

Il prévoit un « état » palestinien constitué de deux bantoustans reliés par un train souterrain à grande vitesse (c’est le côté le plus fun du plan). Les israéliens garderont toutes leurs colonies en Cisjordanie. Les lambeaux de territoires concédés aux palestiniens seront reliés entre eux par des tunnels ou des viaducs (pour ne pas rompre la continuité territoriale d’Israël).

Les israéliens récupèreront la vallée du Jourdain. En échange, ils offriront aux palestiniens deux enclaves dans le désert du Néguev (ils pourront y organiser des courses de chameaux).

Heureux palestiniens ! Ils auront le sentiment de vivre dans un parc d’attraction tout en étant débarrassés des corvées administratives : pas d’espace aérien ni de port de commerce à gérer ; pas de poste frontière avec la Jordanie (la Cisjordanie palestinienne sera complètement enclavée dans Israël). Même les nappes phréatiques situées sous les colonies juives appartiendront aux israéliens.

Le problème du partage de Jérusalem est résolu : la partie arabe de la ville sera annexée par Israël ; Jérusalem, dont l’intégrité sera ainsi préservée, sera confirmée dans son rôle de capitale de l’état hébreux (les palestiniens pourront installer leur administration à Abou Dis, un quartier à l’est de la ville, aujourd’hui abandonné).

Bien sûr, la sécurité, qui est une chose sérieuse, restera l’affaire des israéliens. L’état palestinien sera totalement démilitarisé et Israël pourra intervenir partout où il le jugera bon.

Rien d’étonnant en définitive que Trump ait proposé un tel plan : on y retrouve l’influence de ses trois maîtres à penser : David Crockett (1), Walt Disney et Fritz Todt (2).


(1) pour sa solution du problème indien


(2) constructeur du mur de l’Atlantique


Pour Sama

Documentaire.
2019 – Grande Bretagne / Etats Unis – 1h35.
Film réalisé par Waad al-Kateab et Edward Watts.

Synopsis

Sama (« le ciel » en arabe) est une petite fille née à Alep en janvier 2016 pendant le siège de la ville par l’armée de Bachar al-Assad. Sa mère, Waad et son père Hamza étaient étudiants en 2011 lorsqu’a éclaté la révolution syrienne. Ils se sont rencontrés dans les manifestations contre le régime. Hamza s’est improvisé chirurgien et a créé un hôpital clandestin avec ses amis étudiants. Waad a filmé leur quotidien avec son téléphone pendant 5 ans : l’exhumation des cadavres mutilés des opposants, l’arrivée des morts et des blessés à l’hôpital après chaque bombardement … une litanie de scènes d’horreur entrecoupée de quelques images d’intimité du couple autour de Sama, à qui est dédié le film.

Commentaire

La grande force de ce film est de montrer la guerre en Syrie du point de vue de la population ; ici pas de miliciens en armes, pas de débat idéologique, pas de géopolitique ; juste des images d’hommes, de femmes et d’enfants pris au piège dans leur ville assiégée et bombardée en aveugle par leur gouvernement. Ce film montre simplement la réalité du conflit syrien : une guerre menée par le pouvoir contre son peuple.

Certaines scènes sont insoutenables ; celles en particulier qui concernent les enfants. Il faut pourtant les voir, car elles font voler en éclat tous les discours que l’on nous sert depuis 2011 pour justifier notre passivité, notre indifférence, notre lâcheté face au drame syrien.

Ce film est terrible car en filigrane, il pose le problème de notre responsabilité, individuelle et collective.

Pour aller plus loin …

Consulter le dossier de presse (interview et biographie des réalisateurs) : ouvrir le document au format pdf