Municipales toulousaines : arrêt sur image

A Toulouse, comme dans la plupart des villes françaises, le confinement a figé les candidats aux municipales dans la plus mauvaise position qui soit : en plein envol.

Toulouse, état des lieux

Toulouse a beaucoup d’atouts : Airbus (dont le succès masque cependant la fragilité du tissu économique local), le métro (autour duquel se structurent les transports publics), des terrasses de bistrot animées (c’est la 2ème ville universitaire de France) et quelques pôles d’excellence dont l’existence surprend, compte tenu du culte local pour le bordel : le secteur médical, TSE (Toulouse School of Economics) et le Stade Toulousain.

En contrepartie, Toulouse connaît les problèmes inhérents à toute métropole : des déplacements de banlieue à banlieue problématiques, des quartiers en déshérence (Bagatelle, les Isards, Empalot) et pas mal de délinquance. A cela s’ajoutent quelques problèmes spécifiques : la saleté (c’est un des marqueurs de la ville), la difficulté à faire cohabiter cyclistes, piétons et automobilistes dans ses rues étroites (sans parler des poussettes et des fauteuils roulants) et … le manque de charisme de son maire, Jean-Luc Moudenc.

Moudenc, le trou noir de la droite

Jean-Luc Moudenc est devenu maire un peu par hasard : en s’asseyant dans le fauteuil laissé libre par Baudis. Certes, il souffre d’un déficit de notoriété (les agents municipaux ne le reconnaissent pas toujours quand il fait son jogging), mais il a acquis une bonne connaissance des rouages du pouvoir local pendant les années passées à servir ses prédécesseurs.

Il a organisé la gestion de la ville autour du seul objectif qui vaille, conserver le pouvoir. Il bichonne sa base électorale, la bonne bourgeoisie toulousaine, frileuse et conformiste, qui a placé son fric dans l’immobilier. Il a parfaitement compris ses attentes : les abords du marché Victor Hugo nettoyés et quelques policiers municipaux en faction place du Capitole.

Pourquoi changer une recette qui marche ? Dans son programme, Jean-Luc Moudenc propose de recruter des policiers supplémentaires, de mettre un peu plus de caméras dans le centre ville et, pour électriser les foules, de réaliser trois projets pharaoniques. Il veut ériger une verge végétalisée près de la gare (la tour Occitanie), construire une troisième ligne de métro (conformément à la règle des 3 « trop » : trop peu, trop cher, trop tard) et planter 100 000 arbres (Té couillon, cent milleu !) .

Edile médiocre, Jean-Luc Moudenc s’est montré par contre très fin tacticien. Il s’est fait adouber à la fois par LR et LREM et il tient solidement la droite toulousaine. Ce n’est pas un tueur : il n’assassine pas ses concurrents au berceau, il les étouffe in utero.

La gauche atomisée

La gauche toulousaine est allé à l’abattoir électoral en ordre dispersé : elle a produit trois listes concurrentes (sans compter quelques listes d’extrême gauche, qui ont surtout vocation à témoigner). Ces trois listes sont pleines de socialistes, ce qui est déjà mauvais signe.

En Haute Garonne, le Parti Socialiste a passé un accord tacite avec Jean-Luc Moudenc (à la Gauche, le département, à la Droite, Toulouse et la Métropole). Du coup, les apparatchiks du PS ont écarté celui parmi eux qui était le mieux placé pour conquérir la ville. C’est à ce genre de subtilité que l’on peut mesurer « leur ambition pour tous ».

A gauche, sont donc en lice :

La liste officielle du PS (soutenue par le PC). Elle a fait un nombre raisonnable de promesses intenables (« 200 policiers nationaux en plus ») et pratique l’écriture inclusive dans ses tracts, signe de radicalité.

La liste « Archipel citoyen » : c’est un peu la cour des miracles. Y figurent : le postulant socialiste malheureux, le parti pirate, le parti occitan, EELV, la France Insoumise, Place Publique, etc… Son discours est à l’avenant : on y retrouve tout le bric à brac idéologique accumulé par la Gauche depuis Nuit Debout. Son programme laisse songeur : création de 20 000 emplois climat (financés comment ?), des assemblées citoyennes décisionnaires (sur quelle base légale ?), un plan d’urgence pour les transports (oui, mais encore ? ) …. S’il gagne, l’ « Archipel citoyen » risque de se transformer rapidement en triangle des Bermudes.

La liste de Pierre Cohen (l’ancien maire socialiste). C’est la plus audacieuse des trois : intituler « pour la cohésion » une candidature de division, c’est gonflé ! Pierre Cohen a repris son programme de la mandature précédente, et pour montrer qu’il n’est pas psychorigide, il prône aujourd’hui le prolongement du métro jusqu’à Labège.

Retour à la réalité

Tout cela était avant … avant que le covid-19 ne s’invite dans le débat. Dans quelques semaines, lorsque la vie aura repris son cours, cahin-caha, nos candidats vont devoir redescendre sur terre et trouver rapidement des solutions pour faire face à la crise qui vient.

La Syrie, un drame européen

Havrin Khalaf avait 35 ans. Elle co-présidait un petit parti politique kurde, « Avenir de la Syrie ». Elle a été assassinée le 12 octobre 2019 par des miliciens d’Ahrar Al-Charkiya, un groupe de djihadistes syriens à la solde de la Turquie. Ils l’ont interceptée sur l’autoroute M4 près de la ville de Derik, dans le nord de la Syrie. Son exécution a été particulièrement ignoble : son cadavre a été retrouvé avec « le visage enfoncé à l’intérieur du crâne, le scalp décollé, comme si elle avait été traînée à terre par les cheveux … » (Le Monde du 23 novembre 2019).

En ordonnant le retrait des forces américaines de Syrie en octobre 2019, Donald Trump a livré les kurdes à Erdogan et à ses tueurs (« make America great again »). Cette trahison n’est pas surprenante : elle fait suite au lâchage des révolutionnaires syriens en 2014 par Obama.

Pour les américains, le Moyen-Orient a perdu beaucoup d’intérêt depuis qu’ils ne dépendent plus du pétrole arabe grâce au gaz de schiste. Leur seule préoccupation aujourd’hui est d’assurer la protection de leurs alliés locaux, Israël et l’Arabie Saoudite, et de contrer l’Iran.

L’enjeu est tout autre pour les européens : du fait de sa proximité géographique, le conflit syrien les place sous la double menace du terrorisme et d’un afflux massif de réfugiés, avec le risque de déstabilisation que cela comporte.

Même si l’on fait abstraction de toute considération humanitaire, l’Europe a tout intérêt au règlement du conflit syrien et plus généralement au retour de la paix au Moyen-Orient ; or elle fait preuve en la matière d’une passivité dramatique.

Diplomatiquement, elle reste à la remorque des Etats-Unis malgré leur politique erratique (affrontement avec l’Iran, encouragement de l’expansionnisme israélien). Pire : elle accepte sans mot dire que Trump piétine le droit international ( son « plan de paix » pour le Moyen-Orient viole les résolutions de l’ONU sur la Palestine).

Elle se tait face aux crimes de guerre commis par les russes à Idlib et par les turcs au Kurdistan, incitant ainsi Poutine et Erdogan à poursuivre leur politique d’agression (aujourd’hui la Libye, demain Chypre ?) .

Chaque renoncement, chaque reculade de l’Europe rapproche le danger de ses frontières au lieu de l’en éloigner.

Les dirigeants européens mettent en avant leur soi-disant faiblesse pour justifier leur inaction. Ils disposent pourtant d’atouts qu’ils refusent d’utiliser par frilosité, mercantilisme et absence de vision politique.

Certes, l’Europe pèse peu militairement (même la France a besoin de l’aide logistique américaine pour intervenir hors de ses frontières), mais ce n’est pas par la force que se règlera le conflit syrien.

Aujourd’hui, chaque intervention militaire en Syrie ne fait que disséminer les métastases du djihadisme. Même si l’on considère cyniquement qu’une victoire totale du régime éteindra le conflit, le problème des réfugiés ne sera pas réglé pour autant. Les quatre millions de syriens en exil ne rentreront jamais chez eux tant qu’Assad sera au pouvoir.

En Syrie, l’arrêt des massacres et le retour des réfugiés passent par un accord global, au niveau régional, entre les principaux protagonistes (Russie, Israël, Iran, Turquie). C’est à cette seule condition que la Russie et l’Iran lâcheront le clan Assad.

L’Europe, parce qu’elle n’a pas d’enjeu territorial en Syrie, est la mieux placée pour pousser à une solution diplomatique.

Pour ce faire, les européens doivent devenir crédibles au niveau international et adopter une attitude claire, ferme et cohérente vis de chaque partie (la Turquie en particulier).

Pris ensemble, ils constituent la première puissance économique mondiale. Unis, ils pourraient peser dans des négociations en usant de pressions économiques ou plus positivement, en mettant dans la balance leur participation à la reconstruction de la Syrie ou l’ouverture de leur marché.

Ils ont en main tous les moyens pour agir au Moyen-Orient.

Le plus désespérant en définitive, ce n’est pas l’indifférence de l’Europe pour le drame syrien, mais son incapacité à se percevoir et à se comporter comme une puissance mondiale.

Retraites : le piège

De mensonges en manipulations, de cafouillages en improvisations, le gouvernement a ruiné la confiance des français dans un régime de retraite universel et est en train de bricoler un système tout aussi complexe que le système existant.

Au delà de l’amateurisme gouvernemental, il faut chercher l’origine de ce fiasco dans le projet politique présidentiel.

Emmanuel Macron gouverne la France comme il managerait une entreprise : il est assez étranger au principe de concertation…

Son objectif est de fluidifier l’économie au profit des entreprises ; dans son esprit, le social est une charge, au sens économique du terme (cf le fameux « pognon de dingue »).

Emmanuel Macron veut réformer les retraites pour en réduire le coût ; il veut autoréguler ce coût en modulant les droits à la retraite pour assurer l’équilibre financier du système (c’est la finalité de l’âge pivot).

Cette approche rend incertaines les conditions de départ à la retraite. Par ailleurs, le nouveau mode de calcul des pensions n’offre aucune assurance concernant les revenus des futurs retraités : rien ne garantit que le point, dans lequel seront convertis les droits à la retraite, ne se transformera pas un jour en monnaie de singe.

Pour se prémunir contre ces incertitudes, les futurs retraités n’auront d’autre choix que de se tourner vers les retraites par capitalisation (du moins, ceux qui le pourront). C’est l’objectif caché du gouvernement : développer le marché français de l’épargne-retraite (les accointances du gouvernement avec BlackRock (*) ne laissent aucun doute à ce sujet).

Politiquement, Emmanuel Macron joue son deuxième mandat sur ce projet de réforme. Il veut conquérir l’électorat de droite : le bras de fer avec les syndicats « du front du refus » lui permet de conforter son image d’homme fort.

Compte tenu de l’enjeu pour le pouvoir, la politique du tout ou rien adoptée par SUD, FO et la CGT, engagés dans une grève illimitée dans leurs bastions traditionnels, est suicidaire.

A l’inverse, la CFDT a accepté du gouvernement un cadre de négociations qui ressemble beaucoup au jeu de bonneteau.

Il est peu probable aujourd’hui que les syndicats, divisés sur les objectifs et la stratégie à suivre, puissent peser sur le projet de réforme.

Une fois de plus, la gauche est hors jeu : elle n’a pas su élaborer un projet alternatif sur lequel auraient pu s’appuyer les syndicats.

Elle a préféré s’enfermer dans la défense du système de retraite actuel présenté comme « le meilleur du monde » ; meilleur du monde pour les chauffeurs de bus parisiens, pas pour ceux de Marseille ni pour les caissières de LIDL …

Pire peut-être : elle persiste dans un discours démagogique déconnecté des réalités économiques. Entendre Clémentine Autain (**) défendre la retraite à 60 ans pour tous en disant qu’on n’est pas à 2% du PIB près, a quelque chose d’atterrant. Les français savent où mène ce type de discours : à Macron.

(*) premier gestionnaire d’actifs mondial.

(**) députée LFI de Seine-Saint-Denis.