Jordan Bardella a vécu la publication de ses écrits antisémites comme une tentative de mise à mort politique. C’est compréhensible : quand on considère que la politique c’est de la com, on supporte mal de voir son image publique écornée.
Personne, même au RN, ne croie que Bardella n’est pas l’auteur de ces écrits : Médiapart est un journal sérieux et les preuves qu’il a fournies semblent irréfutables. Leur publication résulte forcément d’une fuite provenant de l’entourage de Bardella : on ne voit pas comment Mediapart aurait pu se les procurer sinon. Le coup tordu, c’est la méthode habituelle de l’extrême droite pour résoudre ses conflits internes.
Le président du RN ne compte pas que des amis dans son parti : son conflit avec Marion Marechal est notoire, ainsi que ses divergences avec Marine le Pen. Certains responsables du RN le trouvent un peu léger pour diriger un gouvernement. Qui plus est, Marine le Pen devra libérer la place de premier ministre pour un Ciotti, un Retailleau ou un Lisnard si elle a besoin de l’appui de la droite pour gouverner.
Autant de raisons pour pousser Bardella dans les cordes.
En tout état de cause, la « barbouzerie » dont il a été victime a été réalisée de main de maitre. Ses auteurs ont choisi le moment opportun pour divulguer ses propos de jeunesse, à quelques mois de l’élection présidentielle, et ont confié « le sale boulot » de leur publication à leurs ennemis politiques (même si ceux-ci y ont trouvé leur compte).
Le plus drôle dans cette affaire, c’est que Bardella s’est piégé lui-même en niant contre toute évidence être l’auteur des propos incriminés ; il fait figure aujourd’hui non seulement d’antisémite, mais aussi de menteur. Sa crédibilité s’en trouve durablement affectée. S’il était fin politique, il aurait d’emblée reconnu les faits et plaidé l’erreur de jeunesse : les français se moquent qu’il ait tenu des propos antisémites à 17 ans, ils ont d’autres chats à fouetter. La politique, c’est aussi une question d’intelligence.