Dette : Mélenchon enfume les électeurs

« Il suffit de prendre (les titres de la dette) et de les foutre au feu » (Jean-Luc Mélenchon, le 24 juin 2026)

Concrètement, Mélenchon propose de transformer la part de la dette française détenue par la Banque Centrale Européenne (18% de la dette totale) en une dette perpétuelle à taux nul : la France n’aura pas à la rembourser et cessera de payer des intérêts la concernant. La dette ne sera pas effacée, mais simplement « gelée » (elle figurera toujours dans les bilans comptables).

La BCE a pour seuls actionnaires les banques centrales des 21 pays euros. En théorie, le gel de la dette se réduira à un jeu d’écritures entre banques centrales et sera transparent pour les autres acteurs des marchés financiers.

En pratique, ce sera un peu plus compliqué. Mélenchon devra convaincre la majorité des états euro de tordre le bras de la BCE (1). A moins qu’il ne devienne un négociateur hors pair en entrant à l’Elysée, on le voit mal trouver une dizaine de gouvernements prêts à le suivre, sachant qu’à la différence de la France, les pays européens ont fait des sacrifices pour rester dans les clous en matière budgétaire.

Mélenchon devra aussi convaincre la Cour de Justice de l’Union Européenne de la légalité de l’opération (l’article 123 du Traité Européen interdit à la BCE de financer directement les états).

Tout ceci pour quels résultats ?

Certes, le gel d’une partie de la dette souveraine donnerait une bouffée d’air frais au gouvernement français, mais ne règlera pas pour autant le problème du déficit budgétaire.

Ce déficit est structurel : Globalement, la France dépense plus qu’elle ne gagne ; pire, elle finance ses dépenses de fonctionnement en empruntant sur les marchés financiers, ce qui est contraire à la doxa économique : l’emprunt ne devrait servir qu’à financer les projets d’investissement, comme la lutte contre le réchauffement climatique.

« Brûler » une partie de la dette ne dispensera pas Mélenchon de devoir résoudre – entre autres – le problème du financement des retraites.

Accessoirement, l’opération risque d’avoir quelques effets pervers :

La BCE n’a pas achetée ses titres de dette souveraine directement aux états (elle n’en a pas le droit) mais à des créanciers privés qui en avaient fait l’acquisition lors de leur émission. Pour ce faire, elle s’est engagée à leur verser des intérêts qu’elle devra continuer à payer si la dette est gelée.

La BCE a financé ces rachats en créant de la monnaie ex nihilo (elle en a le droit en tant que banque centrale) ; c’était d’ailleurs le but, augmenter la masse monétaire pour permettre aux états de s’endetter plus facilement (avec le risque – négligeable à l’époque – de relancer l’inflation).

Aujourd’hui, le contexte a changé. L’arrêt du paiement des intérêts dus par les états à la BCE (qui ne viendront plus en compensation des intérêts versés par la BCE) risque d’accélérer l’inflation en cours.

Par ailleurs, même si le gel de la dette détenue par la BCE ne les touche pas directement, les investisseurs privés pourront interpréter négativement l’opération (Mélenchon pourrait décider tout aussi bien d’annuler la dette les concernant) : les taux d’intérêts consentis à la France s’en ressentiront alors fortement.

Enfin, rien ne garantit à la France qu’un jour la BCE ne change pas d’avis et ne dégèle pas la dette.

Mais Mélenchon se moque que ses propositions soient inefficaces, irréalistes et inapplicables. L’important pour lui, c’est de trouver des solutions simples à des problèmes complexes. C’est ce qui fait de lui un grand tribun.


(1) Trois acteurs clés du système bancaire euro, Christine Lagarde (présidente de la BCE), Emmanuel Moulin, (directeur de la Banque de France) et Joachim Nagel (président de la Bundesbank) ont déjà affirmé leur opposition au projet de Mélenchon.