Pire que Dieu : Onfray

Il est tentant de prendre Michel Onfray pour cible, tant le personnage s’expose. Mais il faut frapper vite, car le Maître est toujours en mouvement.

J’ai découvert Onfray sur France Culture, un été à l’heure de la sieste. La radio diffusait une série de conférences qu’il avait données dans le cadre de son université populaire. Dans une de ses causeries, Onfray a résolu le conflit israélo-palestinien en 35 minutes (hélas, aucun protagoniste n’était là pour prendre des notes). Un jour, il a même prouvé scientifiquement la non-existence de Jésus et, par capillarité, celle de Dieu.

Onfray est un penseur redoutable. il peut produire n’importe quel concept en combinant approximations, raccourcis hâtifs et syllogismes. C’est le Wase de la pensée : vous lui indiquez le point d’arrivée et lui vous donne le raisonnement à suivre pour y arriver.

Parlons d’itinéraire, justement : Onfray a suivi un cheminement politique original : parti du marais libertaire, il a échoué à la droite populiste. Il vient de lancer une revue pour fédérer les souverainistes de tout poil. Il l’a intitulée « Front populaire » : il peut y vendre des salades nationalistes sans crainte, aucun ayant droit ne viendra lui demander des comptes.

Soyons assurés cependant qu’il ne s’agit là que d’une étape dans son parcours cosmologique.

Car Michel Onfray embrasse le Monde.

Le Lenine de la Canebière

Jean-Luc Mélenchon, à peine élu député en 2017, n’a eu de cesse de retrouver le siège de Jaurès à l’Assemblée Nationale… pour s’assoir dessus. Le symbole est fort.

Jean-Luc Mélenchon ose tout, c’est à ça qu’on le reconnait : politicien professionnel, ancien apparatchik du PS, il prône le « dégagisme ». Admirateur des derniers avatars du stalinisme, il veut « ré-enchanter » le socialisme. Chef d’une secte politique verrouillée par une poignée de fidèles, il fait l’apologie de la démocratie directe.

Sa mégalomanie et son égotisme font rire.

Il serait cependant injuste de ne voir en lui qu’un histrion. C’est un acteur majeur de la scène politique française. Il participe à la neutralisation de la gauche en l’enfermant dans un bolchévisme d’estrade. Jean-Luc Mélenchon, c’est l’assurance réélection de Macron.

Mélenchon, de la posture à l’imposture…

Un exemple parmi d’autres : le 24 mai 2017, lors d’un meeting à Marseille, Jean-Luc Mélenchon a accusé publiquement Bernard Cazeneuve d’avoir fait assassiner Rémi Fraisse (*).

C’est un peu outrancier : Bernard Cazeneuve a « seulement » menti sur les circonstances du drame, protégé les responsables et étouffé l’affaire… L’attaque grossière de Mélenchon a permis à l’ancien ministre de se dédouaner à bon compte.

Quitte à ré-ouvrir le dossier (3 ans après les faits), autant être précis et incisif ; mais ce qui importe à Mélenchon, c’est de régler des comptes, pas de dénoncer un crime d’Etat.

(*) « … comment il s’appelle le dernier là, que son nom m’échappe, qui était Premier ministre là, comment vous l’appelez ? Oui Cazeneuve, le gars qui s’est occupé de l’assassinat de Rémi Fraisse »

Jean d’Ormesson

Ecrivain précieux (France, fin du XXe siècle)

A la fin de son existence, Jean d’Ormesson enchantait les émissions littéraires à la télévision : il avait la légèreté d’un homme convaincu d’avoir vécu au delà du raisonnable, il savourait chaque minute comme un cadeau de la vie.

Dans ces émissions, il aimait s’entourer de jeunes femmes. Elles se pressaient autour de lui comme des lucioles autour d’une lampe basse consommation, heureuses de bénéficier de son rayonnement sans se brûler les ailes.

Jean d’Ormesson n’a pas toujours été aussi agréable. Il était un temps où, à la tête de la rédaction du Figaro, il ferraillait hargneusement contre un écrivain pompeux fourvoyé en politique (ou un politicien retors fourvoyé en littérature, c’est selon).

Jean d’Ormesson a beaucoup écrit au cours de sa longue carrière (c’est le risque, quand on vit longtemps et qu’on est dégagé de tout souci matériel) ; il a d’ailleurs continué à publier quelques temps après sa mort.

Sauf à être assurés de bénéficier de la même longévité, vous pouvez éviter de lire ses livres : ils sont assez insipides. Visionnez plutôt ses interviews en replay.