Après leur succès aux Législatives, les partis du « Nouveau Front Populaire » ont exigé de Macron qu’il nomme sans tarder un premier ministre de gauche… Mais ils ont mis 16 jours pour trouver qui.
Quand ils ont enfin désigné Lucie Castets, les français étaient passés à autre chose : les Jeux Olympiques commençaient. Macron en a profité pour renvoyer la nomination de son futur premier ministre aux calendes grecques, laissant Lucie Castets poireauter en salle d’attente.
Aujourd’hui on peut l’affirmer, sans grand risque : elle ne sera jamais premier ministre. C’est à se demander d’ailleurs si le NFP ne l’a pas choisie pour cela.
Lucie Castets n’a pas l’envergure pour diriger un gouvernement de cohabitation, qui plus est minoritaire. Sa connaissance des arcanes de la haute administration ne peut pallier son manque d’expérience politique : on la voit mal tenir tête à Macron, trancher les différends entre les partis de gauche et s’imposer à l’Assemblée.
Le NFP avait pourtant trouvé une bonne candidate en la personne de Laurence Tubiana. Économiste et diplomate, elle a mené à bien les négociations des accords de Paris en 2015. Indépendante des partis, reconnue à l’étranger, elle avait l’autorité et l’expérience nécessaire pour exercer le pouvoir au nom de la Gauche.
Sa candidature a été retoquée par les insoumis, qui lui reprochent d’être « Macron-compatible » (sous prétexte qu’elle a déjà été approchée par le pouvoir), ce qui serait plutôt un atout dans le cadre d’un gouvernement de cohabitation. Sophia Chikirou, l’Elena Ceausescu de LFI, a même vu dans sa candidature l’œuvre des « punaises de lit » Hollandistes. La comparaison est savoureuse, venant d’une ancienne sarkoziste (1).
En réalité, LFI ne veut pas gouverner. Les insoumis agissent comme si les électeurs leur avaient donné la majorité absolue aux Législatives. Le NFP n’a pourtant obtenu que 30% des voix au premier tour ; beaucoup de ses députés ont été élus contre le RN grâce au pacte républicain et il lui manque 100 députés à l’Assemblée pour avoir la majorité absolue. Dans ces conditions, prétendre que les électeurs l’ont mandaté pour appliquer «son programme, tout son programme, que son programme » relève de l’imposture.
En adoptant une position maximaliste, Mélenchon veut prouver par l’absurde qu’il est impossible de changer la société dans le cadre des institutions. Contrairement à ce qu’il prétend, il ne veut pas d’un gouvernement de gauche, sauf s’il est « chimiquement pur » et prêt à tomber pour une loi de gauche emblématique. Les insoumis pourront alors crier au déni de démocratie et transposer la lutte politique dans la rue.
Dans cette optique, le soldat Castets est effectivement la candidate idéale.
Sa désignation fait irrésistiblement penser au film « les producteurs » de Mel Brooks. Il met en scène des escrocs qui, après avoir recueilli des fonds pour monter un nouveau spectacle, organisent méthodiquement son échec pour ne pas avoir à rembourser leurs créanciers.
Vous aimez Mel Brooks ? Vous allez adorer la nouvelle législature.
(1) Sophia Chikirou est passé par « la Gauche Moderne », mouvement fondé par Jean-Marie Bockel « ministre d’ouverture » dans le gouvernement Fillon de 2007 à 2010.