Réseaux sociaux : le bal des tartuffes

Article publié le 4 février 2021 – Dernière mise à jour : 12 avril 2022


Après l’envahissement du Capitole le 6 janvier, Facebook et Twitter ont pris une décision qui a sidéré le monde : ils ont exclu le président des Etats-Unis de leurs plates-formes numériques, comme un vulgaire trublion.

Ce geste spectaculaire a mis en lumière un paradoxe : les réseaux sociaux sont perçus comme des services publics, du fait de leur universalité et de leur gratuité, alors qu’ils n’ont qu’une vocation commerciale et qu’ils n’offrent aucune garantie en matière de liberté d’expression.

Les responsables de cette situation sont les pouvoirs publics qui ont livré internet à des sociétés privées sans contre-partie, au nom du libéralisme économique, considérant que l’information n’était qu’une simple marchandise. Ils ont beau jeu aujourd’hui d’exiger des GAFA qu’ils respectent une éthique dont ils ne se sont jamais souciés jusqu’à présent.

Au delà du discours, vouloir réguler les réseaux sociaux existants relève du vœu pieux.

Matériellement, il est impossible de modérer les échanges en temps réel sur les plates-formes numériques, compte tenu du volume d’informations à traiter. Cela reviendrait par ailleurs à instaurer une censure, ce qui est inacceptable dans les pays démocratiques.

Les réseaux sociaux ne peuvent être régulés qu’a posteriori, sur la base des conditions générales d’utilisation (CGU) soumises à leurs utilisateurs.

On peut demander aux exploitants d’édicter toutes les règles de bonne conduite que l’on veut : ils ne les feront pas respecter, en raison de la complexité des procédures à mettre en oeuvre et du coût que cela représente.

Hormis les Etats-Unis, les états disposent par ailleurs de peu de moyens de pression sur les GAFA, car ceux-ci n’ont de compte à rendre qu’à la justice américaine.

Enfin, même quand les exploitants des réseaux sociaux jouent le jeu, les contrevenants sont difficilement sanctionnables en raison de l’anonymat d’internet.


La régulation des échanges n’est pas le seul problème posé par les réseaux sociaux. Les GAFA collectent et commercialisent les données de leurs utilisateurs en contrepartie de la gratuité de leurs services. Cette exploitation des données personnelles constitue une violation de la vie privée des internautes. Il est impossible d’interdire cette pratique, car cela reviendrait à exiger des GAFA qu’ils changent de modèle économique.


Dans ces conditions, il serait plus efficace, pour instaurer un véritable espace de liberté sur internet, de créer de nouvelles plates-formes numériques alternatives, non marchandes.

Ces plates-formes devraient être financées et contrôlées par les pouvoirs publics pour offrir toutes les garanties en matière de liberté d’expression et de protection des données. Il va de soi que l’anonymat devrait être levé sur ces réseaux, au moins lors de l’inscription, afin d’en permettre un contrôle efficace.

L’Union Européenne serait légitime pour porter un tel projet. Elle en a les moyens financiers et juridiques. Elle pourrait ainsi conforter son pouvoir d’influence dans le Monde (soft power) et s’imposer comme un acteur majeur du numérique. Mais il faudrait pour cela que ses dirigeants s’intéressent à la géopolitique, veuillent s’affranchir de l’emprise américaine et …. osent défendre les valeurs qu’ils professent.



Le terme GAFA est un acronyme construit à partir du nom des 4 géants du net : Google, Apple, Facebook, Amazon. Il est souvent utilisé dans un sens plus large, pour désigner les acteurs majeurs du numérique (outre les 4 déjà cités : Microsoft, Netflix, Airbnb, Tesla, Uber, Twitter, Alibaba … ). Dans cet article, il désigne plus particulièrement les sociétés exploitant des réseaux sociaux.