Les misérables

Drame.
2019 – France – 1h43.
Film réalisé par Ladj Ly
Avec : Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga.

Synopsis

Stéphane a demandé sa mutation dans la Seine-Saint-Denis pour se rapprocher de son fils. Affecté au commissariat de Montfermeil, il est intégré dans une équipe de la BAC et part immédiatement en patrouille avec deux policiers aguerris, Chris et Gwada. Il découvre effaré la vie dans les cités de banlieue et les relations particulières qu’entretiennent ses collègues avec leurs habitants.

Commentaire

Le film commence comme un banal film « de flics » : esbroufe et échanges virils. Puis le rythme s’accélère, la tension monte, la violence s’installe : on bascule dans le cauchemar.

Plus qu’un témoignage sur les banlieues, « les misérables » est une dénonciation de l’abandon des quartiers dits « sensibles », un cri d’alarme sur l’état de la jeunesse des cités.

Dans ces territoires oubliés par la République, les seules manifestations de l’Etat sont les incursions de la voiture de la BAC dans des rues hostiles, comme une patrouille en territoire occupé. Nous sommes dans un « ailleurs », avec ses centres de pouvoir informels (les trafiquants, les salafistes, un maire de quartier), administré à distance par des autorités dont la seule préoccupation est le maintien de l’ordre.

Le film se focalise sur les relations entre les jeunes et la police. Il décrit des jeunes livrés à eux-mêmes, qui, en réponse aux vexations et brutalités policières se laissent aspirer par une violence sans borne.

Le film nous fait vivre l’action aux côtés des policiers. On les découvre avec leurs faiblesses et leurs doutes, dépassés en définitive par une mission trop lourde pour eux. Le film n’en est que plus émouvant.

On sort de la projection atterré par tant de violence, atterré par le gâchis des vies, et écrasé par l’urgence et l’ampleur de la tâche.

Pour Sama

Documentaire.
2019 – Grande Bretagne / Etats Unis – 1h35.
Film réalisé par Waad al-Kateab et Edward Watts.

Synopsis

Sama (« le ciel » en arabe) est une petite fille née à Alep en janvier 2016 pendant le siège de la ville par l’armée de Bachar al-Assad. Sa mère, Waad et son père Hamza étaient étudiants en 2011 lorsqu’a éclaté la révolution syrienne. Ils se sont rencontrés dans les manifestations contre le régime. Hamza s’est improvisé chirurgien et a créé un hôpital clandestin avec ses amis étudiants. Waad a filmé leur quotidien avec son téléphone pendant 5 ans pour témoigner : l’espoir de liberté les premiers jours de la révolution, les cadavres mutilés des opposants sortis du fleuve, l’arrivée des morts et des blessés à l’hôpital après chaque bombardement ; une litanie de scènes d’horreur entrecoupée de quelques images d’intimité du couple autour de Sama, à qui est dédié le film.

Commentaire

La grande force de ce film est de montrer la guerre en Syrie du point de vue de la population ; ici pas de miliciens en armes, pas de débat idéologique, pas de géopolitique ; juste des images d’hommes, de femmes et d’enfants pris au piège dans leur ville assiégée et bombardée en aveugle par leur gouvernement. Ce film montre simplement la réalité du conflit syrien : une guerre menée par le pouvoir contre son peuple.

Certaines scènes sont insoutenables ; celles en particulier qui concernent les enfants. Il faut pourtant les voir, car elles font voler en éclat tous les discours que l’on nous sert depuis 2011 pour justifier notre passivité, notre indifférence, notre lâcheté face au drame syrien.

Ce film est terrible car en filigrane, il pose le problème de notre responsabilité, individuelle et collective.

Pour aller plus loin …

Consulter le dossier de presse (interview et biographie des réalisateurs) : ouvrir le document au format pdf

El Reino

Thriller politique.
2019 – Espagne – 2h11.
Film réalisé par Rodrigo Sorogoyen.
Avec : Antonio de la Torre, Mónica López, Josep Maria Pou.

Synopsis

Manuel López-Vidal est ministre d’un gouvernement régional. Alors qu’il doit être promu, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui touche un de ses proches. Pris au piège, il refuse de se sacrifier pour sauver le parti.

Bande annonce du film « El Reino » (Version originale sous titrée)

Commentaire

« El Reino » est d’abord un thriller haletant : le film raconte la fuite en avant d’un politicien qui perd pied dans un monde dont il croyait pourtant détenir tous les codes.

C’est aussi une galerie de portraits hilarants d’affairistes prêts à tout pour échapper à la justice.

En dénonçant dans son film la médiocrité du monde politique et le parasitage de l’Etat par des politiciens corrompus, Rodrigo Sorogoyen n’a fait que rendre compte de la réalité : en mai 2018 s’est achevé à Madrid un procès géant pour corruption visant le Partido Popular de Mariano Rajoy (351 ans de prison infligés aux prévenus pour détournement de fonds, financement illégal de parti et blanchiment d’argent).

Sous le couvert d’un thriller, « El Reino » constitue un dynamitage en règle de la classe politique espagnole : c’est un film efficace et jouissif.

Pour aller plus loin …

Consulter le dossier de presse (notes de Rodrigo Sorogoyen, filmographie du réalisateur et des principaux acteurs) : ouvrir le fichier au format .pdf