Dieu est-il « iel » ?

Dernière mise à jour : 27 novembre 2021

Le « Petit Robert » vient d’introduire le pronom personnel neutre « iel » (il / elle) dans son édition numérique (1).

… Nous sommes sur un superbe paquebot, fierté de ses actionnaires, monstre d’acier et merveille de technologie. Chacun est à sa place : les pauvres dans la cale, les riches dans les cabines. Oui, nous sommes à bord du Titanic

Et pendant que le navire s’enfonce dans les brumes glacées de l’Atlantique Nord, en première classe, on se préoccupe du sexe des anges.

(1) iel, iels pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre.

La liberté est dans le hijab

Dernière mise à jour : 17 novembre 2021

Nasrin Sotoudeh est une avocate iranienne.

Elle est en prison depuis 2018. Elle a été condamnée à 33 ans de prison et à 148 coups de fouet pour avoir défendu des femmes qui avait ôté leur voile en public.

Elle a été relâchée brièvement en janvier 2021 en raison de son état de santé (elle a fait une grève de la faim en 2020). Elle a de nouveau été emprisonnée le 20 janvier 2021.

Elle avait déjà été emprisonnée entre 2010 et 2013 pour avoir défendu des opposants au régime (elle a reçu le Prix Sakharov – décerné par le Parlement Européen – en 2012 pendant sa détention).

« La beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab » est le slogan d’une campagne lancée par le Conseil de l’Europe début novembre (cette campagne a été suspendue à la demande du gouvernement français).

Le Conseil de l’Europe (à ne pas confondre avec le Conseil européen) est un organisation intergouvernementale qui regroupe 47 états (dont la Russie et la Turquie) et qui s’est donnée pour mission … « de défendre les droits de l’homme » .

Fog médiatique sur la Manche

Dernière mise à jour : 25 novembre 2021

Depuis plusieurs semaines, la France et l’Angleterre s’affrontent au sujet de l’accès des pêcheurs français aux eaux territoriales anglaises.

A en croire nos médias, les anglo-saxons refuseraient d’attribuer aux français le nombre de licences de pêche prévu dans l’accord commercial passé entre le Royaume Unis et l’Union européenne.

Mais la réalité semble être légèrement différente …

France Culture a diffusé un débat très instructif sur ce sujet le mercredi 3 novembre dans le cadre de l’émission « le temps du débat ». Y ont participé : Grégory Guida, député, assistant au ministre de l’intérieur de Jersey, Aurélien Antoine, juriste lyonnais fondateur de l’Observatoire du Brexit et Catherine Mathieu économiste à l’OFCE.

Première surprise : le traité sur la pêche est tripartite. Il inclut l’ile de Jersey, qui est quasi-indépendante (elle ne dépend de la Grande Bretagne que pour les affaires étrangères). L’ile a négocié sa partie de l’accord directement avec l’Europe.

Jersey entretient des relations économiques très étroites avec la France (80% des pécheurs qui fréquentent ses eaux territoriales sont français – les pêcheurs jerseyens commercialisent 90% de leurs production en France), et n’a donc aucun intérêt à entrer en conflit avec la France.

Dans l’accord sur la pêche, Jersey a consenti des conditions plutôt favorables aux français. Elle leur a garanti le volume de pêche antérieur (1) et s’est engagée à accorder automatiquement une licence à tout bateau pouvant prouver sa présence dans ses eaux avant le Brexit.

Pour ce faire, les pêcheurs français devaient fournir aux autorités jerseyennes une copie de leur fiche de pêche via l’administration française et l’Europe. Ce document, qui indique pour chaque jour de pêche, le lieu et le volume des prises, est obligatoire pour tous les bateaux français ; sa fourniture ne devrait donc pas poser de problème.

Ces documents ont pourtant été transmis de façon incomplète et tardive par la France, ce qui explique la non-fourniture de certaines licences.

Les autorités jerseyennes ont fait preuve de bonne volonté : elles ont instauré un moratoire pour permettre aux pêcheurs français de continuer à travailler dans l’attente de leur régularisation et ont ouvert un numéro vert pour les aider à compléter directement leur dossier.

Les autorités françaises ont fait courir le bruit qu’il était impossible de pêcher à Jersey sans licence à partir du 1er janvier – ce qui est faux ; Annick Girardin, ministre de la mer, a interdit aux pécheurs français de traiter directement avec les autorités jerseyennes et a même menacé début mai de couper l’électricité à Jersey.

Concernant Jersey, les blocages semblent donc être surtout le fait des français. Apparemment, les britanniques s’en tiendraient à l’application stricte de l’accord ; la France tenterait de re-négocier en sous-main le traité conclu par l’Europe, quitte à instrumentaliser ses propres pêcheurs.

Pourquoi s’intéresser précisément à ce dossier ? Parce qu’il permet de voir comment ont fonctionné les médias français dans cette affaire :

– Ils ont ignoré Jersey – l’ile n’avait pas de place pas dans leur scénario de « guerre » franco-anglaise.

– Ils n’ont pas cherché à connaître le contenu de l’accord ni l’interprétation qu’en faisaient les britanniques.

– Ils ne se sont pas intéressés à l’action des différents protagonistes sur le terrain.

– Ils ont pris les allégations des politiciens français pour argent comptant (y compris celles du va-t-en-guerre Xavier Bertrand).

Ont-ils cherché pour autant à manipuler l’opinion publique ?

Lors du débat sur France Culture, Grégory Guida a utilisé une citation de Napoléon pour qualifier l’action de l’administration française : « il ne faut pas attribuer à la malice ce qui est du à l’incompétence ».

Elle s’applique aussi parfaitement à nos médias.

(1) Ce qui n’est pas le cas de l’Angleterre.