De la gauche faisons table rase

Article publié le 7 mai 2022 – Dernière mise à jour : 22 mai 2022


La réélection de Macron une fois acquise, les partis de gauche (LFI, EELV, PS, PC) ont mis moins d’un mois pour s’unir, avec les législatives en ligne de mire. Il est vrai, ces élections ont un enjeu considérable : elles permettent aux partis politiques de caser leurs responsables à l’Assemblée et d’assurer leur financement pendant cinq ans (1).

Compte tenu du taux d’abstention prévisible, le ticket d’entrée pour le 2ème tour des législatives se situe à 20 – 25% des voix au premier tour. Vu leur poids électoral, les partis de gauche ne peuvent pas se permettre de s’affronter : il leur faut donc – pour survivre – se répartir les circonscriptions.

C’est surtout de cela dont ont discuté les signataires de la « nouvelle union de la gauche », le contenu du « programme commun » de gouvernement restant secondaire. Tout le monde est convaincu d’ailleurs que Mélenchon ne sera jamais premier ministre (tout au plus peut-il prétendre au titre de fou du Roi). Si les partis de gauche voulaient réellement exercer le pouvoir, ils se seraient alliés avant l’élection présidentielle, pas après.

La « Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale » est un syndicat de perdants, une alliance à vocation purement alimentaire.

Il est quand même intéressant de se pencher sur le pseudo « programme commun » signé à la va-vite par les écologistes et les socialistes. Il est directement inspiré du programme présidentiel de Mélenchon. Le PS et EELV l’ont accepté en quelques heures, sans débat interne, sans consultation des militants. Ce programme prend pourtant le contrepied des positions défendues par ces deux partis, concernant en particulier l’Europe et l’Ukraine. Comment Hidalgo et Jadot peuvent-ils accepter de se renier à ce point, eux qui – à juste titre – n’ont eu de cesse durant la campagne électorale de dénoncer le poutinisme de Mélenchon ?

S’il y a des élections pour lesquelles l’abstention s’impose, c’est bien les législatives de juin.



(1) Ce financement est en deux parties :

– une partie calculée sur la base du nombre de voix recueillies aux législatives, pour les partis qui ont obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions,

– une partie calculée au prorata du nombre de parlementaires (députés et sénateurs).

Game of thrones – le bilan

Article publié le 4 mai 2022 – Dernière mise à jour : 10 mai 2022


Au delà des péripéties de la campagne électorale, un constat s’impose : l’élection présidentielle de 2022 s’inscrit dans la continuité des élections européennes de 2019. Les trois grandes familles politiques font aujourd’hui à peu près jeu égal ; les seuls changements notables intervenus depuis 2019 concernent les rapports de force au sein de chaque bloc.

L’extrême droite a progressé, avec 32,28% des suffrages exprimés (Le Pen : 23,15% – Zemmour : 7,07% – Dupont Aignan : 2,06%). Elle a profité du dépeçage des Républicains réalisé conjointement par Macron et Zemmour (ce dernier a échoué dans son projet de rassembler derrière lui l’extrême droite et la droite « patriote » : il n’a fait que rallier la frange la plus réactionnaire de l’électorat fillonniste à Le Pen).

L’extrême droite reste cependant bloquée par son incapacité à nouer des alliances politiques : elle ne peut espérer l’emporter que dans le cadre de triangulaires.

Quoi qu’il en soit, elle joue aujourd’hui dans les 5 mètres – comme on dit à Toulouse. Le risque qu’elle parte à l’essai s’accroit d’élection en élection. Un espoir néanmoins : que ses leaders s’entretuent pour prendre sa direction.

La droite libérale, même si elle a gagné l’élection présidentielle, stagne à 32,62% des voix (Macron : 27,84% – Pécresse : 4,78%). La présidentielle a permis à Macron d’assoir son pouvoir sur la droite en marginalisant les Républicains, mais sa base électorale reste étroite. Il a été réélu sur l’élan de son premier mandat : il n’a ni programme, ni projet, à part celui de durer.

Compte tenu de l’impossibilité pour Macron de se représenter en 2027, la droite va très vite s’enliser dans des guerres de succession entre héritiers putatifs.

La gauche se maintient globalement, malgré ses divisions et les psychodrames de la campagne électorale. En raclant les fonds de tiroir, elle atteint 31,94% des voix (Mélenchon : 21,95% – Jadot : 4,63% – Roussel : 2,28% – Hidalgo : 1,75% – Poutou : 0,77% – Artaud : 0,56%).

Grand changement par rapport à 2019 : les insoumis ont pris l’ascendant sur les écologistes, incapables de proposer un projet politique mobilisateur (misère de l’écologie politique …).

Il n’y a pas lieu de s’en réjouir. Par ses outrances verbales et programmatiques, par son anti-européanisme, Mélenchon interdit à la gauche de constituer une alternative crédible, tout en incitant une partie de ses électeurs à rejoindre Macron.

Une extrême droite à l’affut, une droite sans ambition autre que carriériste, une gauche impuissante, dans un contexte international chaotique : le quinquennat qui vient s’annonce mortifère.

Innocent à l’insu de son plein gré

Article publié le 29 juillet 2020


Emmanuel Macron s’en est assuré, « d’homme à homme » : Gérald Darmanin est innocent.

Il n a pas commis de viol. Il a juste négocié une relation « librement consentie » en échange d’une petite intervention auprès du ministère de la justice (on imagine la valeur d’un consentement obtenu dans ces conditions).

Il n’appartient pas au Président (ni à quiconque d’ailleurs) de décider de l’innocence – ou de la culpabilité – de Gérald Darmanin. En toute logique, ce serait à la justice de le faire.

Seulement voilà, Emmanuel Macron a mis tout son poids dans la balance. Qui peut croire aujourd’hui qu’un juge osera le contredire ? L’affaire Darmanin est devenu l’affaire Sophie Patterson-Spatz contre l’Etat français.

La nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’intérieur est incompréhensible. Quelle autorité peut avoir un ministre trainant derrière lui un « soupçon avéré » d’abus sexuel ? Quelle crédibilité peut-il avoir dans la lutte contre les violences sexuelles ?

On ne sait si sa nomination est due à un calcul politique (séduire l’électorat de droite) ou à la difficulté à pourvoir le poste, compte tenu de la foule de talents qui se pressent autour du Président…

.