Stop Putin !

Article publié le 1er mars 2022. Dernière mise à jour : 13 mars 2022


La guerre en Ukraine nous ramène 85 ans en arrière.

Rien ne justifie l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Russes et ukrainiens ont la même culture, la même histoire : ils ont subi ensemble la répression stalinienne et les massacres nazis. Beaucoup ont de la famille, des amis, des deux côtés de la frontière.

La guerre déclenchée par Poutine est fratricide ; elle est absurde et criminelle.

Il est temps que l’Occident regarde le régime russe en face. On prête à Poutine une enfance de délinquant ; il a mis très tôt son âme de voyou au service du KGB, puis du FSB, dont il a gravi tous les échelons. Il s’est fait élire président en 2000 à la faveur de la deuxième guerre de Tchétchénie qu’il a déclenchée après une campagne d’attentats orchestrée par le FSB.

Il n’a pas lâché le pouvoir depuis, en usant de méthodes apprises dans les services secrets : manipulation de l’information, liquidation des journalistes indépendants (assassinat d’Anna Politkovskaïa en 2006) et des opposants les plus virulents (assassinat de Boris Nemtsov en 2015, tentative d’empoisonnement d’Alexeï Navalny en 2020), musèlement des médias et des organismes non gouvernementaux (dissolution de Mémorial), criminalisation de l’opposition démocratique (qualifiée de « terroriste »), truquage des élections.

Poutine est à la tête d’une clique d’oligarques qui a fait main basse sur la rente gazière et qui rackette l’économie russe. Malgré ses richesses naturelles et le haut niveau d’instruction de sa population, la Russie (146 millions d’habitants) a le PIB de l’Espagne.

La Russie est un état maffieux, une cleptocratie.

En politique étrangère, Poutine ne connait que la force et n’hésite pas à recourir à la guerre chaque fois qu’elle sert ses intérêts : en Tchétchénie (2000), Géorgie (2008), Syrie (2017) ; aujourd’hui en Ukraine. Il combat des génocides imaginaires en commettant des crimes de guerre bien réels (bombardement massif de la population, ciblage des hôpitaux et des infrastructures civiles à Grozny, Alep, Marioupol ; utilisation d’armes chimiques en Syrie, de bombes à sous-munitions à Kharkiv…).

Dans son discours halluciné du 23 février, il a laissé tomber le masque : il veut détruire l’Ukraine en tant qu’état indépendant.

Le risque d’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine apparait du coup pour ce qu’il est : un prétexte (1). Il serait bon d’ailleurs de s’interroger pourquoi tous les anciens états de l’URSS souhaitent entrer dans l’OTAN …

Au delà du rêve fou de reconstituer l’empire de Pierre le Grand, Poutine reproche surtout à l’Ukraine d’être un état démocratique. Il veut effacer le souvenir de Maïdan. Il craint que les russes suivent l’exemple des ukrainiens et qu’une « révolution de couleur » le chasse du pouvoir à son tour.

Il faut bien sûr soutenir les ukrainiens par la fourniture d’armes et une aide économique et humanitaire massive ; il faut faire pression sur la Russie par des sanctions économiques draconiennes pour l’obliger à stopper son offensive.

Poutine hait l’Europe et le modèle politique qu’elle incarne. Aucun pays limitrophe de la Russie comportant une minorité russophone (la Géorgie, la Biélorussie, la Moldavie, les trois états baltes) ne sera en sécurité tant qu’il sera au pouvoir.

Poutine a engagé une lutte à mort contre l’Europe, ne lui laissant d’autre choix que de se soumettre ou de provoquer sa chute.

In fine, l’issue de ce conflit est entre les mains des russes : eux seuls peuvent chasser Poutine du pouvoir, d’où l’importance de les distinguer de leurs dirigeants et de les convaincre que l’Occident ne leur fait pas la guerre.

Pour l’instant l’opinion publique russe semble soutenir le régime. Elle changera peut-être d’avis devant les restrictions économiques et l’accumulation des morts en Ukraine …

Emmanuel Macron l’a évoqué à demi mots : la crise qui s’ouvre sera longue et douloureuse ; nous n’en percevons pas encore toutes les conséquences : sécuritaires, économiques, politiques. En 1940, Churchill promettait aux anglais « du sang, du labeur, des larmes ». Il est à craindre que cette prédiction soit de nouveau d’actualité.



(1) Au delà de l’élargissement de l’OTAN, les occidentaux ont surtout commis l’erreur dans les années 90 de ne pas avoir aidé la Russie à se démocratiser.

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