Notre Dame des riches

En nous proposant le 24 avril de reconstruire « l’art d’être français », notre Président a identifié la France à Notre Dame de Paris, ce qui est quelque peu abusif, même si la cathédrale est un témoin important de notre histoire.

Avant de parler de reconstruction, il serait bon de savoir pourquoi Notre Dame a brûlé. Emmanuel Macron ne semble pas trop s’en préoccuper. Le « Canard enchaîné », lui, est plus curieux ; dans ses numéros du 17 et du 24 avril, il a donné quelques éléments de réponse : mégots trouvés sur le chantier (la cathédrale était en travaux au moment de l’incendie), présence de câbles électriques dans la charpente (contrairement aux règles de sécurité), système d’alarme incendie défaillant, pas de sapeurs-pompiers présents en permanence pendant les travaux (contrairement à ce qui se passe à Versailles) et surtout fragilisation de la surveillance par la suppression en 2015 d’un des deux postes d’agent affecté à la sécurité, à l’initiative du ministère de la culture (rappelons au passage que les crédits du patrimoine représentent seulement 3,4% du budget de la culture).

Notre Dame a réchappé aux guerres de religion, aux combats de la Commune et à ceux de la Libération, mais pas à la rigueur budgétaire des technocrates de Bercy.

Dans son intervention du 16 avril, Emmanuel Macron a affirmé que la cathédrale serait reconstruite « plus belle … en cinq ans ». Pourquoi cette hâte ? Veut-il proposer un billet d’entrée jumelé pour la cathédrale et Disneyland pour les jeux olympiques de 2024 ?

Cet engagement, pris sans consulter les experts du patrimoine, est absurde. Il ne tient pas compte de la durée des travaux de sécurisation ni du temps que prend l’élaboration d’un projet patrimonial de cet ordre. Emmanuel Macron a fait voter une loi d’exception et a placé le chantier sous le commandement d’un militaire pour passer outre aux réticences des professionnels. Cela relève du caprice d’énarque.

Concernant la reconstruction, deux options s’affrontent : la restauration à l’identique ou le champ libre laissé aux créateurs pour remplacer la flèche de Viollet-le-Duc.

La restauration à l’identique est un non-sens : quel intérêt y a t-il à reproduire une charpente du moyen-âge avec les technologies modernes ? Ou alors, soyons respectueux de l’histoire jusqu’au bout : transportons les fûts de chênes destinés à la charpente à dos d’âne depuis les forêts du Morvan.

L’autre option, consistant à utiliser le site de Notre Dame pour laisser s’exprimer l’ego des « créateurs », en dit long sur le sens moral de nos élites. Il faut voir avec quelle gourmandise certains ont confié leur projet aux médias dès le lendemain de l’incendie …

La reconstruction de Notre Dame a suscité dans le monde entier un élan de générosité sans précédent. La famille Arnault a promis 200 millions (merci patron !), le clan Bettencourt 200 millions, Pinault 100 millions ; départements et régions (qui se plaignent à juste titre de la réduction des dotations de l’Etat) y vont aussi de leurs subventions ; le département de la Haute-Garonne, 1 million ; la région Occitanie, 1 million ; Toulouse et sa métropole, 1 million. Au total, 1 milliard d’euros a été recueilli en cinq jours.

Pourquoi consacrer de telles sommes à la reconstruction d’une cathédrale ? L’histoire de l’humanité est jalonnée de monuments détruits : la grande bibliothèque d’Alexandrie, les jardin suspendus de Babylone, les vestiges archéologiques de Palmyre …

Si nous devons profiter de la restauration de Notre Dame pour reconstruire notre identité nationale, comme l’a suggéré notre Président, retrouvons-nous autour d’un beau projet, autre que l’érection d’une flèche de bois, de verre ou d’acier.

Sauvegardons ce qui peut l’être ; rendons un toit à l’édifice, sobre, respectueux de son architecture ; et avec l’argent qui reste, offrons un toit aux SDF de Paris : Après tout, Notre Dame n’abritait-elle pas autrefois la cour des miracles ? Cela permettrait en plus à Emmanuel Macron de tenir une de ses promesses de campagne.

Macron au balcon, Notre Dame au tison

Le moyen-âge était une époque obscurantiste, genre « Game of Thrones » … mais on y construisait des cathédrales.

Aujourd’hui, on les regarde brûler sur les écrans de nos smartphones.

Quel beau symbole ! Notre Dame de Paris a flambé le jour où l’énarque qui nous gouverne allait nous proposer le deal : moins d’impôt contre moins d’Etat.

Le 15 avril, c’est un peu d’Etat qui est parti en fumée.