Le Grand Debat, un jeu de com

Dernière mise à jour : 15 avril 2019

Nous connaissons tous ces séminaires où on planche par petits groupes sur l’optimisation des relations dans l’entreprise avec en fin de journée, débriefing, synthèse et remerciements du PDG en visioconférence.

C’est en général le signe d’une prochaine restructuration. Quand nos managers nous font réfléchir sur le fonctionnement de l’entreprise, c’est qu’ils veulent changer notre façon de fonctionner. Le Grand Débat s’inscrit dans ce cadre.

Dans les faits, c’est un vaste fumisterie (qui a coûté 12 millions d’euros, tout de même).

Les deux dispositifs mis en place, les réunions locales et la consultation via internet, ont produit des propositions contradictoires. Cela n’a pas empêché Édouard Philippe de marier allègrement la carpe et le lapin lors de sa « grande » restitution du 8 avril, sans attendre d’ailleurs que l’intégralité des propositions soit dépouillée.

Le bidonnage est patent quand on se penche sur l’organisation et le déroulement de la consultation.

La multiplicité des réunions publiques ne doit pas faire illusion : la participation a été faible, particulièrement en zone urbaine.

Les réunions à l’initiative des élus ont respecté le cadre de la consultation, mais pas toujours celles organisées par des entreprises, associations, voire lobbies (on a ainsi eu droit à Toulouse à « un grand débat national équestre », un débat organisé par le Conseil National de l’Automobile, un débat « pour répondre à la lettre des évêques de France sur la crise » … tous référencés sur le site gouvernemental granddebat.fr).

Là où nous pouvons légitimement nous interroger, c’est sur l’exploitation des contributions : qui a réalisé les synthèses ? suivant quelle méthode ? qui les a vérifiées ? Sans parler de la synthèse des synthèses…

Concernant la consultation internet, les choses sont plus simples : les militants de LREM ont beaucoup contribué (voir à ce sujet l’analyse faite dans « Le Monde » du 8 avril), et les synthèses ont été réalisées par un robot sur la base de mots clés (!)

Évidemment, dans ces conditions, les préoccupations des français recoupent les priorités du gouvernement (moyennant une petite manipulation consistant à traduire l’exigence de justice fiscale par une demande de réduction des impôts).

En définitive, avec le Grand Débat, Macron s’est offert deux mois et demi de campagne électorale sans opposition et sans élection à la clé : elle n’est pas belle la vie ?

Le grand débat : un succès de dingue

Dernière mise à jour : 19 mars 2019

Après sa clôture le 15 mars, les médias ont titré sur le succès du « grand débat national ». La réalité est beaucoup plus contrastée.

Voici un (petit) retour d’expérience. Je me suis greffé sur quelques réunions toulousaines pour distribuer un tract « critique ». Selon le site granddebat.fr, 95 réunions ont été organisées à Toulouse. En fait, moins de 90, si on élimine les réunions citées deux fois, les réunions fermées au public et celles qui ont été localisées par erreur à Toulouse. J’ai participé à 9 d’entre elles …

Samedi 2 février 18 h maison de la citoyenneté de la Roseraie : c’est mon premier débat. Je trouve porte close, avec un panneau indiquant que la réunion était reportée « vu le trop grand nombre d’inscrits » (!!!). Sur le site granddebat.fr, cette réunion apparaît aujourd’hui avec la mention « compte rendu non publié. Motif : présence de données personnelles ».

Mercredi 6 février 20 h maison de la citoyenneté Centre : grille fermée, aucune information. Juste un malheureux participant attendant désespérément sur le trottoir.

Jeudi 7 février 19 h salle Limayrac à la Côte Pavée. Le débat est organisé par Corinne Vignon, députée de la troisième circonscription de la Haute-Garonne. Les gilets jaunes sont présents, ainsi que deux voitures de police garées à l’écart. 80 participants environ (il est vrai que les gilets jaunes toulousains avaient annoncé la réunion sur leur page Facebook).

Vendredi 15 février 19 h salle Ernest Renan, aux Trois Cocus : l’organisateur arrive à la bourre ; il n’a pas les bonnes clés. 3 participants (dont moi). Je suis parti au bout de 5 minutes sans distribuer mes tracts.

Lundi 18 février 18 h, de retour à la Roseraie pour un débat organisé par une association du quartier. une vingtaine de participants.

Vendredi 22 février, 19 h salle Osète près de la place occitane. Réunion organisée par un parti centriste. Je suis arrivé à 18 h 55. Je n’ai vu passer que 2 participants.

Lundi 25 février 19 h, nouvelle réunion à la Roseraie, organisée cette fois par le Modem. Une quinzaine de participants. Discussion courtoise avec une élue de la mairie. Elle me dit tranquillement : « c’est la guerre … ».

Lundi 25 février 19 h 30, salle du Sénéchal près de la place du Capitole : je n’ai distribué qu’une quinzaine de tracts (mais je suis arrivé tard, 5 minutes avant le début de la réunion). Accueil agressif d’un jeune militant.

Jeudi 28 février 20 h salle Achiary à la Côte Pavée : une douzaine de participants. Je craque ; ce sera mon dernier débat.