Gérald la bavure

Un mois après le tête-à-queue spectaculaire de Castaner avec son oxymore « du soupçon avéré » (de violences policières), son successeur a fait une sortie de route sur le même sujet en se moquant de la mort de Cédric Chouviat sous le genou de la force publique (*).

Laissons aux exégètes de la vie politique le soin d’interpréter le dérapage de Darmanin (provocation ou bêtise ?) : on sait au moins que ce n’est pas la décence qui l’étouffe.

Qu’a-t-il dit sur le fond ? Dans un état de droit, l’usage de la force par la police est légitime. Autrement dit, il n’y a pas de violence policière tant que la justice ne dit mot.

Vues sous cet angle, les choses sont simples : la mort de Rémi Fraisse : un non lieu. Celle de Steve Caniço : bientôt un. La mort d’Adamo Traoré en serait déjà un si ses proches n’avaient pas ameuté l’opinion publique. Les yeux crevés et les mains arrachées pendant les manifestations des gilets jaunes ? Une vue de l’esprit, puisque aucun policier n’a été condamné.

Malheureusement pour Darmanin, la réalité ne se fabrique pas à coup de syllogismes. La réalité en matière de violence policière, il la connait d’ailleurs très bien, puisqu’il en est l’ordonnateur.

En France, l’usage excessif ou non justifié de la force par la police est institutionnel. Il procède de la doctrine du maintien de l’ordre : la police n’agit pas pour contenir ou maîtriser, mais pour punir, dans une logique répressive.

Cette doctrine place les policiers eux-mêmes dans une situation intenable. Elle en fait des cibles, pour les jeunes des quartiers « difficiles » en particulier.

Dans ces conditions, qu’on arrête de nous parler de police républicaine …

Comment sortir de ce piège mortifère ? Le gouvernement le sait parfaitement : cesser de prendre les policiers pour des imbéciles en les abreuvant de déclarations démagogiques ; leur donner plutôt des conditions de travail décentes, des moyens suffisants et une éthique ; les réinserer dans la population (en rétablissant la police de proximité) ; abandonner « la politique du chiffre » et faire de l’IGPN un véritable auxiliaire de la justice, en la rendant indépendante du ministère de l’intérieur.

Dans un état de droit, la légitimité des forces de l’ordre est à ce prix.

(*) « Quand j’entends le mot “violence policière”, moi, personnellement, je m’étouffe » (propos tenu devant la Commission des lois de l’Assemblée Nationale, le 28 juillet 2020)

Innocent à l’insu de son plein gré

Emmanuel Macron s’en est assuré, « d’homme à homme » : Gérald Darmanin est innocent.

Il n a pas commis de viol. Il a juste négocié une relation « librement consentie » en échange d’une petite intervention auprès du ministère de la justice (on imagine la valeur d’un consentement obtenu dans ces conditions).

Il n’appartient pas au Président (ni à quiconque d’ailleurs) de décider de l’innocence – ou de la culpabilité – de Gérald Darmanin. En toute logique, ce serait à la justice de le faire.

Seulement voilà, Emmanuel Macron a mis tout son poids dans la balance. Qui peut croire aujourd’hui qu’un juge osera le contredire ? L’affaire Darmanin est devenu l’affaire Sophie Patterson-Spatz contre l’Etat français.

La nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’intérieur est incompréhensible. Quelle autorité peut avoir un ministre trainant derrière lui un « soupçon avéré » d’abus sexuel ? Quelle crédibilité peut-il avoir dans la lutte contre les violences sexuelles ?

On ne sait si sa nomination est due à un calcul politique (séduire l’électorat de droite) ou à la difficulté à pourvoir le poste, compte tenu de la foule de talents qui se pressent autour du Président…

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