Antisionisme mode d’emploi

« l’antisionisme, lorsqu’il est la négation de l’existence d’Israël comme État, est un antisémitisme » (Emmanuel Macron, Jérusalem, le 22 janvier 2020).

L’antisionisme est un concept assez flou qui se prête à toutes les manipulations.

C’est le contrepied du sionisme : Les premiers antisionistes furent, à la fin du XIXème siècle, les juifs opposés à la création d’un « foyer national juif » comme solution à l’antisémitisme. Très vite, dans les années 30, les habitants de la Palestine leur ont emboité le pas, quand ils se sont rendus compte que la création d’Israël allait se faire à leurs dépens. Aujourd’hui, l’antisionisme sert souvent de faux nez à ceux qui rêvent « de jeter les juifs à la mer », en Israël ou ailleurs.

Il est cependant dangereux d’assimiler antisionisme et antisémitisme. D’abord parce qu’il existe des juifs – religieux – antisionistes. Ensuite, parce que l’abandon par Israël de son statut actuel pourrait permettre de résoudre le conflit israélo-palestinien (solution dite « d’un seul état »). Enfin et surtout parce que cette confusion permet à Netanyahou de disqualifier ceux qui dénoncent sa politique.

Si notre Président a fait cet amalgame, qui plus est en Israël, c’est surtout pour faire oublier son incapacité à museler l’antisémitisme en France. Accessoirement, c’est aussi parce qu’il se soucie assez peu du sort des palestiniens.

Simone Veil

Simone Veil avait un beau regard, lumineux, profond ; il n’a jamais faibli publiquement, surtout pas devant les « SS aux petits pieds » venus l’insulter dans ses meetings après le vote de la loi sur l’avortement.

Elle avait un caractère bien trempé et une grande indépendance d’esprit. Elle a montré qu’on pouvait faire de la politique au plus haut niveau de façon intègre, sans renier ses engagements.

Dans la mémoire nationale, Simone Veil restera celle qui a témoigné des horreurs de la Shoah et qui a porté la lutte des femmes au sein de la classe politique. Il ne faut pas oublier pour autant ses autres combats : l’humanisation des prisons, la santé, l’Europe.

Dans son autobiographie « une vie », Simone Veil a publié une photo d’elle entourée de ses petits enfants. La photo a été prise en 2005 à Auschwitz. C’est une très belle réponse à ceux qui ont voulu l’anéantir.

Biographie

  • Naissance à Nice le 13 juillet 1927 de Simone Jacob, quatrième et dernière enfant d’une famille juive, laïque et cultivée. Elle a une enfance heureuse, entre son frère Jean et ses sœurs Madeleine et Denise, auprès de son père architecte et de sa mère Yvonne qu’elle admire.
  • Arrestation fin mars 1944 de la famille Jacob par la Gestapo (à l’exception de Denise qui sera arrêtée plus tard en tant que résistante). Simone, âgée de 16 ans, est déportée avec sa mère et sa sœur aînée Madeleine à Auschwitz ; son père et son frère disparaissent dans un convoi à destination de la Lituanie.
  • Mort de sa mère Yvonne malade du typhus en mars 1945 à Bergen Belsen. Madeleine, atteinte par le typhus elle aussi, est sauvée in extremis par l’arrivée des alliés.
  • De retour à Paris en mai 1945, Simone et Madeleine retrouvent Denise qui a survécu à la déportation. Simone entreprend des études de droit et suit les cours de Sciences Po.
  • Elle rencontre son futur mari Antoine Veil à Sciences Po. Ils se marient en 1946. Le couple a trois garçons (Jean, né en 1947, Claude-Nicolas, né en 1948 et décédé en 2002, Pierre-François né en 1954). Simone accepte de différer son entrée dans la vie active pour s’occuper de leurs enfants.
  • En 1952 Simone Veil est durement frappée par la mort de sa sœur Madeleine dans un accident de la route.
  • Malgré les réticences d’Antoine, Simone prépare le concours de la magistrature. Reçue en 1957, elle est affectée à la direction de l’administration pénitentiaire. Elle y restera jusqu’en 1964.
    Elle passe ensuite aux affaires civiles, puis intègre en 1969 le cabinet du ministre de la justice René Pleven.
  • En 1974, Valéry Giscard d’Estaing la nomme ministre de la Santé. Elle est amenée à ce titre à défendre le projet de loi de légalisation de l’avortement en novembre 1974.
  • En 1979, elle prend la tête de la liste de l’UDF aux élections européennes Elle devient le premier président du parlement européen élu au suffrage universel. Elle reste députée européenne jusqu’en 1993.
  • De 1993 à 1995, Simone Veil occupe le poste de ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur. Elle quitte la vie politique en 1997.
  • Elle siège au Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007. Elle est admise à l’Académie Française en 2008. Elle se retire de la vie publique en 2013, après le décès de son mari.
  • Simone Veil meurt à Paris le 30 juin 2017 à presque 90 ans. Sur décision d’Emmanuel Macron, elle est inhumée au Panthéon avec son époux le 1er juillet 2018.

Pour aller plus loin …

« Une vie », autobiographie publiée en 2007.

Simone Veil y raconte son enfance, sa déportation et sa carrière politique avec beaucoup de simplicité et de pudeur. Elle y décrit les combats qu’elle a menés en tant que ministre et députée européenne.

La télévision a diffusé par ailleurs en juin 2018 un documentaire réalisé par Hugues Nancy à partir d’images d’archives, de photos de famille et de témoignages : « Simone Veil, albums de famille ».

Stolpersteine, les pierres de la mémoire

La coutume juive veut qu’on dépose un caillou sur les tombes devant lesquelles on se recueille. Le sculpteur allemand Gunter Demning s’est inspiré de cette tradition pour rendre hommage aux victimes du 3ème Reich.

Depuis 1993, il crée des petites plaques de laiton sur lesquelles il grave le nom, la date de naissance et le destin des victimes. Il encastre ces plaques sur le trottoir devant le dernier domicile où elles ont vécu avant leur arrestation. Il a baptisé ces plaques stolpersteine (pierres d’achoppement, pierres sur lesquelles on trébuche).

Le projet Stolpersteine est indépendant de toute organisme ; il est ouvert à qui veut rendre hommage à une personne assassinée par les nazis : descendant de la victime, école, comité de quartier …

Il permet de garder la trace des disparus parmi nous, dans notre environnement quotidien et nous donne la possibilité de penser à eux, à ce qu’a été leur vie, au gré de nos déambulations, pour peu qu’on fasse l’effort de se pencher pour lire leur nom.

Pour aller plus loin ….

>> Site du projet Stolpersteine : accéder au site

>> France Culture a consacré une émission en deux parties au projet Stolpersteine, le samedi 21 avril et le dimanche 21 avril 2019.