Délire inclusif

L’écriture inclusive, très prisée à gauche par les étudiants en sociologie, les bureaucrates syndicaux et les apparatchiks, a porté la langue de bois à un niveau encore inégalé.

Les adeptes de l’écriture inclusive considèrent qu’un nom générique masculin (par exemple, « les salariés ») ne désigne que la partie masculine de la population considérée ; d’où l’utilisation du fameux « point inclusif » pour englober explicitement les femmes (« les salarié.e.s »). Autrement dit, ils confondent genre (grammatical) et sexe.

Considérer que « démasculiniser » (sic) le français contribue à la libération des femmes, c’est se moquer à la fois du français (*) et des femmes.

Plutôt que de chercher à rééduquer le langage, la militance de gauche devrait d’abord faire le ménage dans ses rangs, n’étant pas elle-même exempte de toute dérive sexiste (cf les cas d’agressions sexuelles dénoncés récemment au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes et du Parti Communiste).

Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si la Gauche a adopté l’écriture inclusive alors qu’elle a perdu tous ses repères. En brouillant ainsi son discours, elle essaie de masquer son impuissance. Ce faisant, elle ne trompe personne. Avant, on ne l’écoutait pas ; aujourd’hui on ne la lit même plus.

Les adeptes du point inclusif ont eux-même conscience du caractère grotesque de ce procédé et ne l’utilisent qu’avec parcimonie et de façon irrégulière ; en définitive, ce n’est qu’un marqueur de bien-pensance.

L’écriture inclusive fait partie intégrante du Spectacle, au sens situationniste du terme : à défaut de pouvoir / vouloir changer le Monde, les incluseurs.euses se contentent d’en changer la représentation.

(*) A ceux qui voudraient approfondir la question sous l’angle de la linguistique, je conseille le livre de Danièle Manesse « Le Féminin & le Masculin dans la langue. L’écriture inclusive en questions » (ESF, 2019).

… La langue française est un système qui n’est pas plus sexiste que l’allemand, l’anglais, l’arabe ou le coréen … Alors que, partout, l’oppression des femmes est une réalité à laquelle s’affrontent des milliers de luttes, il y aurait des langues plus « féministes » que d’autres ? C’est le sort fait aux femmes et l’usage de la langue qui peuvent être sexistes, et non les langues en elles-mêmes (Danièle Manesse, interview au « Monde », 31 mai 2019)

Ecriture inclusive, la preuve par l’exemple (ou le triomphe du confusionnisme). Extrait du texte « L’universel lave-t-il plus blanc ? » : « Race », racisme et système de privilèges publié par les Cahiers du CEDREF (Centre d’Enseignement, de Documentation et de Recherches pour les Etudes Féministes). Il s’agit du point 31 du manifeste. Lire le texte complet.

C’est à partir de ces prémisses que sont nées les Whiteness Studies en Amérique du nord notamment. Un certain nombre de chercheur-e-s ont donc pris comme objet, l’idée de construction de la « race blanche » et l’étude de son impact dans la société. Une partie de ces études portent sur les « privilèges des Blanc-he-s », c’est-à-dire sur la différence de pouvoir entre « Blanc-he-s » et « non-Blanc-he-s », et sur les avantages relatifs que les « Blanc-he-s » ont pris l’habitude de considérer comme allant de soi. Tous/toutes les « Blanc-he-s », dans ce sens, bénéficieraient d’un certain nombre d’avantages relatifs, liés à leur condition de « Blanc-he », bien que leur ampleur et leur degré changent en fonction d’autres variables comme le sexe, le statut socio-économique, l’âge, la capacité physique, etc.

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