Gauche : le naufrage

Article publié le 6 janvier 2022 – Dernière mise à jour : 26 janvier 2022


La Gauche vogue vers l’élection présidentielle … en faisant eau de toute part. A bord, 9 candidats en perdition :

Nathalie Arthaud, autiste militante.

Philippe Poutou, candidat officiel du NPA, un gars sympa …

Anasse Kazib, le leader de « Révolution Permanente » (une dissidence du NPA – les partis trotskistes éclatent dès qu’ils atteignent 0,2% de l’électorat) : il aurait chopé le melon après un passage à la télé …

Fabien Roussel, candidat du PCF : c’est celui dont personne ne se souvient du nom.

Arnaud Montebourg, candidat de lui-même : quand il ne dialogue pas avec le répondeur de ses concurrents, il contribue à alimenter le programme d’Eric Zemmour.

Jean-Luc Mélenchon, le lider maximo de LFI. Son truc pour durer : un programme irréaliste qu’il n’aura jamais à appliquer (du coup, une question hante ses proches : sera-t-il de nouveau candidat en 2027 ?). Il se présente cette fois sous les couleurs de « l’Union Populaire » (autour de sa Personne) : rêverait-il de mourir en scène, comme Allende ?

Anne Hidalgo, la candidate du PS. Un mélange d’Hillary Clinton, de Ségolène Royal et de Nabilla : suffisance, démagogie et vacuité.

Yannick Jadot, le miraculé de la primaire d’EELV : il tente désespérément de garder le cap, un oeil sur l’horizon, un oeil sur Sandrine Rousseau.

Christiane Taubira, qui revient dans le jeu politique portée par la gauche sociétale. Après Jospin en 2002, va-t-elle tuer Jadot en 2022 ?

Vu le nombre d’électeurs qu’ils ont à se mettre sous la dent, nos candidats vont devoir se livrer au cannibalisme pour survivre.

L’idéal, serait bien sûr un candidat unique – tout le monde en est convaincu. Mais selon les responsables des principaux partis de gauche (PS, PCF, LFI, EELV), ce n’est vraiment pas possible.

Pourtant, ces gens-là travaillent ensembles depuis des années dans les exécutifs territoriaux. Ils tiennent les mêmes discours sur les sujets qui intéressent leurs électeurs : l’hôpital, l’école, les retraites, l’assurance chômage, les bas salaires. Alors, pourquoi pas d’alliance ?

Il y a bien sûr des problèmes d’égo, les plans de carrière de chacun … mais surtout le refus de prendre le risque de faire : il est tellement plus confortable de gérer sa petite clientèle électorale dans l’opposition.

Reste la « primaire populaire ».

Hormis servir de tremplin à Christiane Taubira, c’est une plaisanterie.

Que proposent ses initiateurs ? Un programme, le « Socle Commun » (1), élaboré par on ne sait qui, confié à un (une) VRP recruté(e) via internet à deux mois de l’élection, et … en voiture Christiane !

On est en plein « Rêve debout ». Compte tenu du contexte institutionnel, une candidature commune n’a de sens que dans le cadre d’un accord de gouvernement passé entre partis. La politique du pays se fait au Parlement, pas sur internet ni dans des assemblées « citoyennes » (2).

En définitive, c’est Sandrine Rousseau qui a fait la proposition la plus sérieuse en invitant – pour rire – les autres leaders de gauche à fêter le Nouvel An chez elle « pour que l’on discute jusqu’à ce que l’on trouve une solution ».

Il n’y a pas eu de miracle à la Saint Sylvestre … Soit ; mais alors qu’on cesse à gauche de nous bassiner avec l’urgence sociale et climatique.



(1) Le « Socle Commun » que va devoir s’approprier l’heureux(se) élu(e) de la primaire populaire comprend 10 grands projets (ou « ruptures ») regroupés selon 3 thématiques : l’écologie, le social, la vie politique.

Sont totalement ignorés :

– les relations internationales : l’Europe, la solidarité internationale, les relations avec les grandes puissances, le Sahel, les ventes d’armes, la dissuasion nucléaire ;

– la dette, la politique budgétaire ;

– l’immigration, l’intégration, la laïcité.

Autant de sujets qui fâchent à gauche : raison de plus pour les écarter.

Volet écologie, le programme se limite au soutien de l’agriculture pour le passage au bio et à la reprise des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, dont l’isolation des logements. Rien sur les transports, le nucléaire, les énergies renouvelables, la protection de la faune sauvage, la chasse, l’interdiction des pesticides ; par contre, une mesure anecdotique concernant les semences paysannes. L’aménagement du territoire ? On s’en décharge sur les collectivités territoriales.

Volet social, un bric à brac de propositions déconnectées de la réalité économique, en particulier en matière de temps de travail : on est dans le quoi qu’il en coûte de gauche habituel (on rejoue 1981 … pour ensuite refaire 1983 ?). Une augmentation du salaire du personnel hospitalier et éducatif (parce que majoritairement féminin !), l’augmentation des impôts par principe et une mesure fondamentale : l’instauration du congé parental égalitaire et obligatoire – mais rien sur le grand âge.

Volet politique, quelques mesures judicieuses : reconnaissance du vote blanc (mais que signifie contraignant ?), limitation à deux mandats successifs, mise en place du RIC, contrôle de l’action de la police par une institution indépendante.

Le « Socle Commun » propose surtout un grand chambardement institutionnel – qui va surement mobiliser les masses : instauration de la proportionnelle aux législatives, rééquilibrage des pouvoirs du président et du Parlement … Avec un objectif original : « changer les visages du Parlement grâce à des critères de représentativité ». Pour être représentatif, un député devra-t-il satisfaire d’autres critères que l’obtention de la majorité des voix ? Camarades, vous voulez ressusciter les soviets ?

Tout cela sent le catalogue bricolé entre militants sur un coin de table (pour connaître le détail du programme de la primaire « populaire » : consulter le « Socle Commun »)


(2) Une preuve supplémentaire du caractère grotesque de la « primaire populaire » : 3 de ses 7 candidats (Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo et Yannick Jadot) ont annoncé qu’ils refusaient d’y participer et qu’ils ne tiendront pas compte de son résultat.

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