Et si l’Ukraine libérait la Russie ?

Article publié le 18 septembre 2022 – Dernière mise à jour : 26 septembre 2022


Essai d’André Markowicz

2022

(Editeur : SeuilLibelle)

L’auteur

André Markowicz est un écrivain et traducteur français de langue maternelle russe né en 1960. Il a publié plus d’une centaine de traductions d’ouvrages de poésie, de prose ou de théâtre.

Depuis 2013, il tient un journal en ligne sur Facebook https://www.facebook.com/andre.markowicz

Le livre

En 50 pages (contrainte imposée par la collection Libelle de Seuil), André Markowicz analyse le conflit ukrainien en le replaçant dans le contexte de la société russe.

« Ainsi, le marteau pesant, fracassant le verre, forge l’acier » : ces deux vers de Pouchkine résument l’histoire de la Russie. Depuis plus d’un siècle, le pouvoir russe écrase les hommes pour forger une nation mythifiée : la révolution de 1917, les guerres, la répression stalinienne ont détruit des millions de vies.

La Russie aujourd’hui est à l’image de la Cerisaie de Tchekhov : « le plus beau domaine du monde » victime de l’incurie de ses anciens propriétaires et livré à la hache de son nouveau maître. La société russe est gangrénée par la violence. C’est une des explications des crimes commis par l’armée russe en Ukraine.

Poutine est le produit de la décomposition de l’URSS : il s’est emparé du pouvoir en s’appuyant sur le KGB et la mafia issue de l’appareil communiste. Pour assoir son autorité, il a repris à son compte la fameuse triade d’Ouvarov (1) : « orthodoxie, autocratie, principe national » . L’aventure ukrainienne procède de ces trois principes.

Mais il y a un monde entre la propagande et la réalité. « L’opération spéciale », minée par la corruption, s’est fracassée sur le mur de la résistance ukrainienne. Elle tourne au fiasco. Poutine ne va pas pouvoir en dissimuler longtemps ni le caractère monstrueux, ni l’échec.

Jusqu’à quand les russes vont-ils accepter cette infamie ? Et si une défaite en Ukraine provoquait en retour un effondrement du régime ?


(1) Ministre de l’intérieur du tsar Nicolas Ier.

Commentaire

André Markowicz n’est pas un spécialiste de la Russie au sens où on l’entend habituellement, mais il la connait intimement : il nous livre une vision de la guerre en Ukraine bien plus juste que celles fournies par la nuée d’experts qui hante les médias depuis 6 mois (je me souviens d’une interview d’un spécialiste en géo-politique affirmant le 26 février que l’armée russe serait à Kiev le lendemain).

Le conflit ukrainien n’est pas une partie d’échecs opposant russes et occidentaux, comme le présentent trop souvent les médias, mais une guerre d’anéantissement menée par un prédateur ivre de pouvoir.

Les Alliés pouvaient-ils négocier avec Hitler ? Après les massacres de Marioupol, Boutcha et Izioum, peut-on négocier avec Poutine ?La seule issue possible au conflit, c’est la chute du maître du Kremlin.

L’extrait

Le régime de Poutine est la honte de la Russie – une honte qui vient après bien d’autres hontes, bien sûr, mais une honte particulièrement atroce, parce qu’il a inversé le paradigme fondateur de l’image de son pays dans le monde : le pays qui avait sauvé le monde du nazisme envahit un pays démocratique pour le libérer, prétendument, du nazisme. Le régime de Poutine a fait de la Russie un pays non pas seulement craint, mais haï. Il a sali, au nom de la défense du « monde russe », l’image de la Russie et de sa culture.

Les crimes commis par les envahisseurs russes sont patents, ils sont en train d’être répertoriés, et il est indispensable que les criminels soient jugés. Jugés tous, des soldats violeurs au « général en chef ». Jugés par qui ? Jugés comment ? Pas seulement par la communauté internationale, mais en Russie même. Il est indispensable que la Russie répare… même s’il est impossible, bien sûr, de réparer le « verre » cassé, les milliers et les milliers de vies anéanties. Mais oui, un Nuremberg russe est indispensable.